Cour d’appel de Bastia, le 9 février 2011, n°10/00580

La Cour d’appel de Bastia, dans un arrêt du 9 février 2011, statue sur un litige locatif. Une locataire avait conclu un bail le 2 juin 2009. Elle cesse rapidement de payer les loyers et ne souscrit pas d’assurance. Les bailleurs obtiennent en référé la résiliation du bail et son expulsion. La locataire fait appel et sollicite des délais de paiement. Les bailleurs demandent confirmation et réclament des dommages-intérêts pour procédure abusive. La juridiction d’appel doit se prononcer sur la régularité de la procédure d’expulsion et sur la demande de réparation du préjudice subi. Elle confirme l’ordonnance de référé et accueille la demande indemnitaire. L’arrêt précise les conditions de la résiliation pour défaut de paiement et sanctionne l’abus dans l’exercice des voies de recours.

**I. La confirmation des conditions strictes de la résiliation du bail**

L’arrêt rappelle les exigences procédurales liées à la résiliation d’un bail pour défaut de paiement. La cour constate d’abord l’inexécution des obligations locatives. Elle relève que la locataire “n’a plus réglé ses loyers depuis le mois de juillet 2009”. Elle note aussi l’absence d’assurance et un défaut d’entretien des lieux. Ces manquements caractérisent une violation contractuelle suffisante. La décision valide ensuite la mise en œuvre de la clause résolutoire. Les juges soulignent le respect des formalités légales. Ils indiquent que “les exigences de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 avaient été respectées”. Un commandement de payer est demeuré infructueux plus de deux mois. La procédure d’expulsion est ainsi régulièrement engagée.

La solution dénie tout droit à des délais de paiement. La locataire invoquait les articles L. 613-1 et suivants du code de la construction. La cour écarte cette demande au regard de la gravité des manquements. Elle observe que les allocations de la CAF “ont été gardés par devers elle”. Le comportement de la locataire est jugé trop fautif pour mériter un aménagement. La rigueur de l’arrêt s’explique par la protection due au bailleur. Elle assure l’effectivité du recouvrement des créances locatives. Cette approche restrictive des délais de paiement consacre une interprétation stricte des textes protecteurs. Elle subordonne leur application à une certaine bonne foi du débiteur.

**II. La sanction de l’abus dans l’exercice des voies de recours**

L’arrêt étend sa sévérité à la gestion du contentieux. Il condamne la locataire à payer des dommages-intérêts pour procédure abusive. La cour fonde cette condamnation sur l’absence de moyens sérieux. Elle estime que l’appelante a relevé appel “sans pouvoir arguer d’un seul moyen raisonnable”. Le comportement est qualifié de “gravement fautif”. L’indemnisation vise à réparer le préjudice subi par les bailleurs. Ce préjudice inclut les frais supplémentaires liés à la défense en appel. La cour fixe le montant à trois mille euros. Elle exerce ainsi un pouvoir d’appréciation souverain pour caractériser l’abus.

La décision accorde aussi une somme au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Elle juge “inéquitable de laisser à leur charge les frais exposés non compris dans les dépens”. Cette condamnation complète répare l’entier préjudice économique. Elle dissuade les recours dilatoires. La solution s’inscrit dans une jurisprudence soucieuse de loyauté processuelle. Elle rappelle que le droit d’agir en justice ne doit pas être détourné de son but. L’arrêt contribue à préserver les bailleurs des manœuvres abusives. Il équilibre les droits des parties en sanctionnant les comportements contraires à la bonne foi.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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