Tribunal de commerce de Toulon, le 8 janvier 2025, n°2024R00052

Le Tribunal de commerce de Toulon, par ordonnance de référé du 8 janvier 2025, statue sur une demande d’expertise dans un litige relatif à l’exécution de travaux. Un particulier avait commandé des travaux d’isolation et d’installation photovoltaïque. Il soutient que les prestations sont défectueuses et incomplètes malgré un bon d’achèvement signé. L’entreprise rétorque ne plus avoir accès au chantier. Le demandeur sollicite une expertise et la suspension du crédit affecté aux travaux. Plusieurs assureurs et l’établissement de crédit sont parties à l’instance. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, ordonne une mesure d’instruction et statue sur les demandes accessoires. La décision soulève la question des conditions de l’expertise en référé et de ses implications sur les relations contractuelles multipartites.

La décision illustre une application rigoureuse des pouvoirs du juge des référés en matière probatoire. Le juge retient l’existence d’un motif légitime au sens de l’article 145, constatant un désaccord sur l’état d’avancement et la qualité des travaux. Il ordonne une expertise détaillée afin d’établir les faits susceptibles d’influencer le litige futur. L’ordonnance précise une mission large, incluant constatations, recherche des causes des désordres et chiffrage d’une remise en état. Le juge use de son pouvoir d’appréciation pour définir un cadre opératoire précis. Il impose le contradictoire envers les autres parties mises en cause, assurant ainsi le respect du principe de la contradiction. La charge financière est intégralement laissée à la diligence du demandeur, par une provision et des frais exclusifs. Cette solution respecte l’économie générale des mesures d’instruction avant procès, où la charge pèse sur celui qui les sollicite. Elle évite aussi de préjuger de la responsabilité ultérieure. Le juge écarte toute suspension conditionnelle du crédit, l’accordant immédiatement jusqu’au dépôt du rapport. Cette mesure conservatoire forte protège l’emprunteur pendant la durée de l’expertise. Elle traduit une interprétation protectrice de la situation du consommateur face à un financement lié à des prestations contestées.

La portée de l’ordonnance réside dans sa gestion procédurale d’un litige complexe et ses conséquences pratiques. La jonction des deux instances évite des expertises divergentes et favorise une instruction unifiée. La décision opère une répartition nette des rôles et des obligations entre les protagonistes. Elle garantit la célérité par des délais stricts imposés à l’expert. Le caractère provisoire et conservatoire de la mesure est pleinement affirmé. Les réserves des parties sur le fond sont actées, préservant leurs droits pour l’instance au fond. Cette ordonnance manifeste l’efficacité du référé comme outil d’administration préalable de la preuve. Elle offre un cadre sécurisé pour une instruction technique préalable à un jugement sur la responsabilité. La solution peut influencer la stratégie des parties dans des litiges similaires, incitant à une saisine rapide du juge des référés. Elle rappelle aussi le coût financier assumé par le demandeur d’une telle mesure, ce qui peut en limiter l’usage abusif. En définitive, cette ordonnance de référé remplit pleinement sa fonction anticipatrice et préparatoire au règlement définitif du différend.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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