Tribunal de commerce de Nice, le 10 février 2025, n°2024F00560

Le Tribunal de commerce de Nice, statuant le 10 février 2025, a été saisi d’un litige relatif à la violation d’une clause de non-concurrence. La société gestionnaire d’un réseau immobilier reprochait à une société concurrente d’avoir collaboré avec une ancienne collaboratrice, en violation d’un engagement contractuel. Le demandeur initial sollicitait la condamnation du défendeur à des dommages et intérêts ainsi qu’à la cessation de l’activité litigieuse. Par courrier du 9 janvier 2025, intervenant après la clôture des débats, le demandeur s’est désisté de l’instance et de l’action. Le tribunal a donc dû statuer sur les conséquences procédurales de ce désistement intervenu en cours de délibéré.

La question de droit posée est de savoir quelles sont les effets d’un désistement d’instance et d’action formellement notifié après la clôture des débats, mais avant le prononcé du jugement. Le tribunal a donné acte du désistement et a mis les dépens à la charge du demandeur. Cette solution appelle une analyse de son fondement procédural et une appréciation de ses implications pratiques.

**Le strict respect des règles procédurales gouvernant le désistement**

Le désistement d’action, régi par les articles 384 et suivants du code de procédure civile, met fin définitivement au litige. Le désistement d’instance, quant à lui, met seulement fin à la procédure en cours sans éteindre le droit d’agir à nouveau. L’arrêt rappelle que l’exercice de ces prérogatives est soumis à des conditions de forme et de délai. En l’espèce, le désistement est intervenu par écrit après la clôture des débats. Le tribunal constate la régularité formelle de cet acte et en tire les conséquences légales. Il “donne acte” à la partie de son désistement, conformément à l’article 384 du code de procédure civile. Cette formalité est essentielle car elle constate l’extinction de l’instance ou de l’action et permet de liquider les conséquences financières de la procédure.

La décision illustre le principe selon lequel le désistement, une fois régulièrement formé, s’impose au juge. Ce dernier ne peut poursuivre l’examen du fond du litige. Le tribunal de commerce a donc correctement mis fin à la procédure sans examiner le bien-fondé des demandes initiales. La solution est techniquement exacte et se borne à appliquer la lettre des textes. Elle confirme que la volonté des parties, exprimée dans les formes légales, prévaut sur le déroulement de l’instance engagée. Le juge devient alors un simple agent de certification d’un acte unilatéral de procédure.

**Les conséquences pratiques d’un désistement tardif et leur appréciation**

La portée de la décision réside dans son application à un moment particulier de la procédure. Le désistement est intervenu après l’audience et la clôture des débats, alors que le tribunal était déjà en délibéré. Le code de procédure civile n’interdit pas explicitement le désistement à ce stade. La jurisprudence admet généralement qu’il reste possible tant que le jugement n’est pas rendu. Le tribunal de Nice valide cette interprétation. Toutefois, cette liberté laissée au demandeur peut soulever des questions d’équité. Le défendeur a été contraint de se défendre jusqu’à l’audience, engageant des frais et du temps pour une instance finalement vidée de son objet par la seule volonté adverse.

La décision ordonne que les dépens soient intégralement supportés par le demandeur. Elle liquide même leur montant. Cette solution applique le principe selon lequel “la partie qui succombe supporte les dépens”. Le désistement étant assimilé à un succès pour le défendeur, la charge des dépens est logiquement imputée au demandeur. Néanmoins, cette sanction purement pécuniaire peut apparaître légère au regard des troubles procéduraux causés. Elle ne compense pas nécessairement l’ensemble des frais exposés par le défendeur, notamment les honoraires d’avocat, sauf à solliciter l’article 700 du code de procédure civile dans une instance distincte. Le jugement évite ainsi tout débat sur d’éventuels préjudices procéduraux distincts, renvoyant les parties à d’éventuelles actions ultérieures.

Cette solution pragmatique assure une fin rapide à l’instance mais peut inciter à des stratégies procédurales visant à épuiser un adversaire avant de se désister. Elle rappelle que la maîtrise du calendrier procédural reste une arme processuelle significative, dont l’exercice en limite extrême, bien que licite, interroge sur l’équilibre entre liberté procédurale et loyauté dans les débats.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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