Tribunal de commerce de Nanterre, le 9 janvier 2025, n°2023F02278

Le Tribunal des activités économiques de Nanterre, statuant le 9 janvier 2025, a constaté un désistement d’action accepté par la partie défenderesse. Cette décision met un terme à l’instance sans examen du fond du litige. Elle soulève la question des conditions et des effets procéduraux d’un désistement d’action intervenant en cours d’instance. Le tribunal a appliqué strictement les dispositions de l’article 395, alinéa 1, du code de procédure civile, considérant le désistement comme parfait du fait de son acceptation. Il en a déduit l’extinction de l’instance et a laissé chaque partie à la charge de ses frais. Cette solution appelle une analyse de sa conformité au régime légal du désistement et une réflexion sur ses implications pratiques.

**Le strict respect des conditions légales du désistement accepté**

Le jugement opère une application littérale des textes régissant le désistement. Le tribunal relève que « le demandeur déclare à l’audience de ce jour indique se désister de l’action introduite » et que « le défendeur accepte le désistement ». Il en tire la conséquence immédiate que, « en application de l’article 395 al.1 du code de procédure civile, le désistement est donc parfait ». Cette motivation brève démontre une approche formaliste. Le juge se borne à vérifier la réunion des éléments constitutifs prévus par la loi. Il constate la volonté unilatérale de l’auteur de l’action et le consentement de son adversaire. La décision s’inscrit ainsi dans une jurisprudence constante qui fait de l’acceptation du défendeur la condition essentielle de la perfection du désistement. Elle écarte toute appréciation d’opportunité ou recherche d’un éventuel abus. Le rôle du juge se limite ici à un enregistrement des volontés concordantes des parties.

Cette rigueur procédurale se poursuit dans la détermination des effets du désistement. Le tribunal « constate le désistement d’action emportant désistement d’instance » et « en conséquence l’extinction de l’instance et le dessaisissement du tribunal ». Le lien de causalité est direct. Le juge applique le principe selon lequel le désistement d’action, renonciation à la prétention, entraîne nécessairement celui de l’instance. Il se déclare dessaisi sans pouvoir examiner le bien-fondé des prétentions initiales. Cette solution garantit la sécurité juridique et respecte l’autonomie procédurale des parties. Elle consacre le caractère dispositif de l’instance civile. Le tribunal refuse de se transformer en censeur des choix stratégiques des plaideurs. Il valide leur accord pour mettre fin au procès.

**Les conséquences financières d’un désistement et sa portée pratique**

Le jugement adopte une position équilibrée concernant la charge des frais. Il « dit que chaque partie conservera la charge de ses frais et dépens ». Cette solution mérite attention. Elle s’écarte de la règle de l’article 696 du code de procédure civile qui impose normalement la charge des dépens à la partie perdante. Le tribunal estime que le désistement accepté ne désigne aucun vaincu. Il considère que la cessation concertée du litige justifie un partage des frais. Cette approche est pragmatique. Elle évite de pénaliser financièrement la partie qui initie le désistement et favorise ainsi les solutions amiables. Elle peut être vue comme une incitation à mettre fin prématurément à des instances incertaines. Toutefois, cette liberté laissée au juge du fond en la matière engendre une certaine insécurité. Les parties ne peuvent anticiper avec certitude la décision sur les frais.

La portée de cette décision est avant tout procédurale. Elle rappelle avec force le formalisme entourant le désistement d’action. Sa valeur réside dans sa clarté et son effectivité. En revanche, son intérêt substantiel est limité. Elle ne crée pas de jurisprudence nouvelle mais applique des principes bien établis. Sa dimension pratique est plus significative. Elle sert de modèle pour les praticiens quant aux effets d’un désistement en cours d’instance. La décision illustre la maîtrise procédurale des parties sur l’existence même du procès. Elle confirme que le juge, saisi d’un désistement accepté, n’a qu’un pouvoir de constatation. Son rôle s’efface devant la volonté commune des plaideurs. Cette solution préserve la paix sociale en entérinant leur renoncement mutuel au conflit judiciaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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