Tribunal de commerce de Meaux, le 11 février 2025, n°2024014085

Le Tribunal de commerce de Meaux, par jugement du 11 février 2025, a condamné une caution solidaire au paiement de la dette principale après l’ouverture d’une procédure collective à l’encontre du débiteur principal. La caution avait souscrit son engagement en 2020 pour garantir deux prêts consentis à une société en contrepartie d’un engagement d’achat exclusif. Suite au défaut de paiement du débiteur, la créancière a déclaré sa créance dans le redressement judiciaire, puis la liquidation judiciaire de ce dernier. La caution, mise en demeure, n’ayant pas exécuté son obligation, le tribunal a fait droit à la demande de la créancière. La décision tranche la question de l’exigibilité de l’obligation de la caution malgré l’existence d’une procédure collective concernant le débiteur principal et statue sur le montant réclamé. Elle rappelle les conditions d’engagement de la caution et constate le caractère certain, liquide et exigible de la créance. Le jugement illustre l’application des principes régissant la caution solidaire dans un contexte d’insolvabilité du débiteur principal.

**L’affirmation de l’exigibilité immédiate de l’obligation de la caution**

Le jugement procède à une application stricte du régime de la caution solidaire, indépendamment du sort du débiteur principal. Le tribunal constate d’abord la régularité de l’engagement de la caution. Il relève que la défenderesse « s’est parfaitement portée caution solidaire aux 2 prêts » et que la mise en demeure adressée à son encontre était régulière. Cette qualification emporte des conséquences importantes. La solidarité permet au créancier de réclamer le paiement à la caution sans avoir préalablement poursuivi le débiteur principal. Le tribunal en déduit logiquement l’exigibilité de l’obligation, précisant que « la créance est certaine, liquide et exigible ». L’ouverture d’une procédure collective à l’encontre du débiteur principal ne suspend pas cette exigibilité. La solution est conforme à l’article L. 650-1 du code de commerce, qui dispose que la procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire n’affecte pas les actions contre les codébiteurs solidaires. Le jugement applique ce principe sans ambages, garantissant ainsi l’efficacité de la garantie.

La décision opère ensuite une détermination précise du montant dû par la caution, en lien avec la procédure collective. Le tribunal prend acte que la créancière « a déclaré sa créance entre les mains du mandataire judiciaire » et que cette créance « a été admise au passif ». Il condamne la caution au paiement de la somme de 21 865,24 euros, correspondant au montant déclaré et admis. Cette approche est rigoureuse. Elle évite tout risque de double paiement et respecte l’économie de la procédure collective. La caution est tenue à due concurrence de ce que le créancier n’a pas pu recouvrer sur la masse. Le tribunal ne se prononce pas sur un éventuel recours de la caution contre le débiteur principal, désormais en liquidation. Cette question relève d’une autre instance. La solution retenue assure une protection effective du créancier, tout en encadrant strictement sa créance par le résultat de la déclaration au passif.

**La portée pratique d’une décision protectrice des engagements contractuels**

La décision revêt une portée pratique significative en matière de gestion du risque crédit. Elle confirme la valeur opérationnelle de la caution solidaire comme instrument de garantie, même en cas de défaillance collective du débiteur principal. Pour les créanciers professionnels, cette sécurité juridique est essentielle. Le jugement rappelle que les formalités de mise en demeure doivent être scrupuleusement respectées pour rendre la créance exigible. Il démontre également l’importance de documenter précisément le montant de la créance, notamment par la déclaration au passif. Cette rigueur procédurale conditionne le succès de l’action en paiement. La décision peut ainsi être vue comme une incitation à une pratique contractuelle et processuelle méticuleuse de la part des créanciers.

La solution adoptée soulève néanmoins une question d’équilibre entre les parties. La caution, personne physique et ancienne dirigeante de la société débitrice, est tenue au paiement d’une somme importante après la liquidation de l’entreprise. Le tribunal, en appliquant strictement le droit, ne dispose pas de pouvoir d’appréciation pour moduler cette obligation en raison des circonstances. Seules des nullités de l’engagement ou des exceptions propres à la caution auraient pu l’en exonérer, moyens qui n’ont pas été soulevés en l’espèce. La décision illustre le caractère rigoureux de la solidarité. Elle met en lumière la nécessité pour les cautions de bien appréhender les conséquences d’un tel engagement, surtout en contexte entrepreneurial où le risque de défaillance est réel. La protection du créancier, bien que légitime, s’exerce ici pleinement, confirmant la force obligatoire du contrat de cautionnement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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