Tribunal de commerce de Lille-Metropole, le 8 janvier 2025, n°2024021108

Le Tribunal de commerce de Lille-Métropole, statuant le 8 janvier 2025, a été saisi d’une demande en paiement. Le demandeur initial a ultérieurement déclaré, par conclusions, se désister de son instance et de son action. Le tribunal a donné acte de ce désistement et constaté l’extinction de l’instance, laissant les dépens à la charge de chaque partie. Cette décision invite à s’interroger sur les conditions et les effets d’un désistement d’action intervenant en cours d’instance. Il convient d’examiner la régularité procédurale de ce désistement avant d’en analyser les conséquences substantielles.

Le désistement d’action, acte unilatéral de renonciation à la prétention, est soumis à des conditions de forme strictes. Le jugement relève que la société demanderesse a agi « par voie de conclusions » pour déclarer son désistement. Cette modalité respecte l’exigence posée par l’article 408 du code de procédure civile, qui impose une déclaration expresse au juge. Le tribunal constate la régularité de cet acte procédural en donnant acte de la volonté du demandeur. La décision rappelle ainsi que le désistement, pour être efficace, doit être non équivoque et porté à la connaissance du juge selon les formes adéquates. Elle applique une jurisprudence constante exigeant une manifestation de volonté claire et définitive. Le défendeur défaillant n’ayant pas contesté cette volonté, le juge pouvait valablement en prendre acte.

Les conséquences du désistement d’action sont ici pleinement tirées. Le tribunal « constate l’extinction de l’instance » et précise que « chacune des parties conservera à sa charge les dépens engagés ». Le désistement d’action emporte renonciation définitive au droit d’agir sur la même cause. L’instance est éteinte, mais le principe de l’article 696 du code de procédure civile, selon lequel la partie perdante supporte les dépens, ne s’applique pas. Le juge use de son pouvoir d’appréciation pour laisser les dépens à la charge de chacun, considérant l’initiative unilatérale du demandeur. Cette solution est conforme à la jurisprudence qui estime souvent que le désistement, n’étant pas une condamnation au fond, justifie ce partage. Elle sanctionne l’aléa procédural créé par le demandeur tout en maintenant une forme d’équité.

Cette décision illustre la maîtrise procédurale du demandeur sur son action. Elle confirme la nature discrétionnaire de la renonciation à agir et son effet extinctif immédiat. Le partage des dépens apparaît comme la contrepartie logique de cette liberté, évitant de pénaliser le défendeur pour une procédure qu’il n’a pas provoquée. Cette approche pragmatique assure une bonne administration de la justice en libérant rapidement le juge d’une instance devenue sans objet. Elle peut cependant interroger lorsque le désistement intervient après des débats substantiels, la charge des frais restant alors potentiellement inéquitable. La solution retenue demeure néanmoins classique et sécurise les parties sur les effets prévisibles d’un désistement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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