Tribunal de commerce de Lille-Métropole, le 7 janvier 2025, n°2024021583

Le Tribunal de commerce de Lille-Métropole, par jugement du 7 janvier 2025, a statué sur une demande en paiement d’une créance issue d’un contrat de cogérance. Les défendeurs, cogérants défaillants, n’ont pas comparu à l’instance. Le tribunal a retenu leur absence et, examinant les pièces versées aux débats, a estimé la demande fondée. Il a ainsi condamné solidairement les cogérants au paiement de la somme réclamée. La décision soulève la question de l’appréciation de l’obligation de restitution du gérant et des effets de la défaillance en matière de preuve. Elle rappelle que « la créance est certaine, liquide et exigible » au vu des justificatifs produits. Le juge a donc accueilli la demande, offrant une illustration de la rigueur probatoire attendue dans l’exécution des mandats.

**La sanction rigoureuse de l’obligation de rendre compte**

Le jugement procède à une application stricte des obligations du gérant. Le tribunal fonde sa décision sur les articles 1984 et 1932 du Code civil. Il relève l’existence de contrats de cogérance régularisés et d’un compte général de dépôt signé. La décision considère que les pièces fournies, notamment « le compte général de dépôt actualisé, le récapitulatif des mouvements de marchandises et emballage, les inventaires contradictoires ainsi que les mises en demeure », établissent le manquement. L’exigence d’une preuve écrite et contradictoire est ainsi satisfaite. Le juge vérifie la consistance de la créance à travers une documentation complète. Cette approche confirme la charge probatoire pesant sur le mandant. Elle renforce la sécurité des relations d’affaires en exigeant une comptabilité claire.

La solution se distingue par sa fermeté face à la défaillance des cogérants. Leur absence à l’audience est explicitement notée. Le tribunal en tire les conséquences en examinant les seuls éléments fournis par la demanderesse. Il estime que « l’absence de contestation » et le caractère probant des justificatifs permettent de trancher. Cette logique préserve l’efficacité de la justice commerciale. Elle évite qu’une partie ne paralyse la procédure par son inertie. La décision s’inscrit dans une jurisprudence constante sur la force probante des documents comptables non contestés. Elle rappelle utilement les risques d’une défense passive.

**Les effets pratiques de la défaillance et la portée limitée de la décision**

La portée de ce jugement demeure néanmoins circonscrite aux spécificités de l’espèce. La solution est directement liée à la qualité des preuves rapportées. Le tribunal a pu s’appuyer sur un ensemble cohérent et détaillé. Une documentation moins complète aurait pu conduire à un rejet. La décision n’innove donc pas sur le plan des principes. Elle applique avec rigueur des règles bien établies en matière de preuve et de mandat. Sa valeur réside dans son caractère pédagogique. Elle illustre l’importance d’une gestion documentaire rigoureuse pour les parties à un contrat de gérance.

La condamnation solidaire mérite une attention particulière. Elle découle naturellement de la cogérance et de l’absence de distinction des responsabilités dans les pièces. Le tribunal n’a pas eu à rechercher la part respective de chaque gérant. Cette solidarité renforce la protection du mandant. Elle simplifie le recouvrement de la créance. Toutefois, cette solution pourrait paraître sévère si un déséquilibre dans les gestions était établi. Le jugement, rendu en l’absence des défendeurs, ne traite pas cette éventualité. Il appartient aux cogérants, dans un éventuel recours, d’apporter des éléments pour moduler leur obligation. En l’état, la décision assure une exécution efficace du contrat.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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