Tribunal de commerce de Lille-Métropole, le 11 février 2025, n°2024023406

Le Tribunal de commerce de Lille-Métropole, par jugement du 11 février 2025, prend acte d’un désistement d’instance et d’action accepté par le défendeur. La demanderesse avait initialement assigné le défendeur en paiement. Par conclusions déposées pour l’audience, elle a déclaré se désister intégralement de son instance et de son action. Le défendeur a accepté ce désistement. Le tribunal constate l’extinction de l’instance et laisse les frais irrépétibles et les dépens à la charge de chaque partie. Cette décision soulève la question de l’articulation entre le désistement d’action et son acceptation, ainsi que ses conséquences sur la charge des frais. Elle rappelle les conditions de l’extinction de l’instance par désistement et en précise les effets financiers.

**I. Les conditions de l’extinction de l’instance par désistement accepté**

Le jugement illustre le régime juridique du désistement d’action accepté. Le tribunal prend acte de la volonté unilatérale de la demanderesse de renoncer à son action. Il constate ensuite l’acceptation expresse du défendeur. Cette double condition est essentielle pour valider l’extinction de l’instance. Le texte souligne que le tribunal « constate l’extinction de l’instance, [le défendeur] acceptant ce désistement ». Cette formulation met en lumière le caractère bilatéral de l’extinction. Le désistement d’action, acte unilatéral à l’origine, nécessite en effet l’accord de la partie adverse pour produire ses pleins effets extinctifs. Le juge se borne à enregistrer cet accord des volontés. Il ne dispose d’aucun pouvoir d’appréciation sur son opportunité. Son rôle est strictement constatatif.

La décision précise également la portée du renoncement opéré. La demanderesse se désiste « de l’instance et de l’action ». Cette précision est juridiquement significative. Un désistement d’instance seul laisse subsister la possibilité d’une nouvelle action sur le même fondement. Le désistement d’action, en revanche, éteint définitivement le droit d’agir. En cumulant les deux, les parties entendent mettre un terme absolu au litige. Le tribunal valide cette intention en constatant l’extinction. Cette solution est conforme aux articles 384 et 385 du code de procédure civile. Elle garantit la sécurité juridique en évitant toute résurgence future du même différend.

**II. Les conséquences du désistement sur la charge des frais de procédure**

Le jugement statue sur la charge des frais en application du principe de la liberté conventionnelle. Le tribunal « dit que chacune des parties conservera à sa charge les frais irrépétibles et les dépens engagés ». Cette solution mérite analyse. Elle s’écarte du principe général selon lequel les dépens sont à la charge de la partie perdante. Ici, il n’y a ni gagnant ni perdant au fond. Les parties ont conjointement mis fin au procès. La décision reflète leur autonomie pour régler les conséquences pécuniaires de leur accord. Le jipe se contente d’entériner leur volonté commune de supporter leurs propres frais. Cette approche est pragmatique et respectueuse de la volonté des plaideurs.

Cette répartition des frais appelle toutefois une réflexion sur son équité potentielle. Laisser chaque partie à sa charge peut sembler équitable dans un accord amiable. Il convient cependant de considérer les situations déséquilibrées. Une partie pourrait être contrainte d’accepter le désistement sous la pression procédurale. Elle supporterait alors des frais parfois importants sans contrepartie. La solution adoptée présente l’avantage de la simplicité et de la prévisibilité. Elle évite tout contentieux accessoire sur la qualification du désistement. En ne statuant pas sur les frais, le tribunal accélère la clôture définitive du litige. Cette pratique est courante devant les juridictions commerciales. Elle favorise l’efficacité procédurale et la recherche de solutions consensuelles entre professionnels.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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