Tribunal de commerce de Chalon sur Saone, le 9 janvier 2025, n°2024005451

Le Tribunal de commerce de Chalon-sur-Saône, par jugement du 9 janvier 2025, a constaté le désistement d’instance d’une procédure collective. L’organisme de recouvrement des cotisations sociales demandait initialement l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire à l’encontre d’une société hôtelière. La juridiction a prononcé ce désistement en application des articles 394 et suivants du code de procédure civile. Elle a mis les dépens, liquidés à 77,86 euros, à la charge du demandeur. Cette décision invite à s’interroger sur les conditions et les effets d’un désistement d’instance en matière de procédure collective. Elle soulève la question de savoir si le retrait d’une demande d’ouverture par un créancier public est soumis aux règles de droit commun et quelles en sont les conséquences financières.

Le jugement applique strictement le régime procédural du désistement d’instance. Le tribunal constate simplement le retrait de la demande. Il se fonde sur les articles 394 et suivants du code de procédure civile. Le juge rappelle ainsi que « les dépens visés à l’article 701 du CPC étant liquidés à la somme de 77,86 euros sont à la charge du demandeur ». Cette solution est conforme au principe selon lequel le désistement laisse les choses dans l’état où elles se trouvaient. Le demandeur supporte les frais irrépétibles de l’instance qu’il a engagée. L’application du droit commun paraît logique. Le désistement met fin à l’instance sans examen du fond. La juridiction n’a pas à statuer sur le bien-fondé de la demande initiale. Cette approche garantit la sécurité juridique et l’économie procédurale.

La portée de cette décision mérite cependant une analyse critique. Le désistement intervient dans le cadre spécifique d’une demande d’ouverture de procédure collective. Cette demande émanait d’un organisme de recouvrement des cotisations sociales. Le caractère d’ordre public de la matière des procédures collectives pourrait soulever des interrogations. Le juge aurait pu vérifier si le désistement ne méconnaissait pas l’intérêt collectif des créanciers. La solution retenue privilégie une lecture purement procédurale. Elle écarte toute appréciation substantielle de la situation du débiteur. Cette position est discutable. Elle pourrait favoriser des retraits tactiques au détriment de la transparence. La charge des dépens pour le demandeur constitue une sanction légère. Elle ne compense pas nécessairement les conséquences d’une procédure initiée puis abandonnée.

Le jugement illustre la prééminence des règles de procédure civile. Le tribunal a choisi une application littérale des textes. Cette rigueur formelle assure une certaine prévisibilité. Elle peut néanmoins sembler insuffisante au regard des enjeux des procédures collectives. La décision laisse en suspens la question de l’appréciation de la cessation des paiements. Le désistement clôt l’instance sans que la situation économique de la société soit examinée. Cette approche minimise le rôle du juge dans la protection des intérêts en présence. Elle consacre la maîtrise procédurale du créancier demandeur. L’équilibre entre liberté de se désister et contrôle judiciaire paraît ainsi marqué en faveur de la première.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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