Tribunal de commerce de Bobigny, le 9 janvier 2025, n°2024F00983

Le Tribunal de commerce de Bobigny, dans un jugement du 9 janvier 2025, statue sur les conséquences d’un désistement d’instance et d’action. Le demandeur initial, débouté par une ordonnance d’injonction de payer, forme opposition avant de se désister intégralement. Le défendeur accepte ce désistement à l’audience. La juridiction doit donc trancher la question des frais de l’instance éteinte. Elle rappelle que le désistement emporte « sauf convention contraire, soumission de payer les frais de l’instance éteinte ». Toutefois, elle estime qu’ »en l’espèce, il échet de laisser ceux-ci à la charge du demandeur ». Cette solution appelle une analyse de son fondement et de sa portée pratique.

**La consécration d’une liberté conventionnelle dérogatoire au principe légal**

Le jugement applique avec rigueur le principe posé par l’article 408 du code de procédure civile. Il énonce que le désistement entraîne « sauf convention contraire, soumission de payer les frais de l’instance éteinte ». Cette mention expresse de l’exception conventionnelle est essentielle. Elle reconnaît aux parties une pleine autonomie pour aménager les conséquences financières de leur renonciation. Le tribunal valide ainsi un mécanisme de justice négociée. Les justiciables peuvent librement convenir d’une répartition différente des dépens. Cette solution consacre la force obligatoire des accords processuels. Elle s’inscrit dans une logique de flexibilité procédurale.

La décision opère cependant une distinction nette entre désistement et accord sur les frais. L’acceptation du désistement par le défendeur à l’audience ne vaut pas convention contraire. Le tribunal examine séparément les deux volontés. Il recherche une manifestation expresse concernant les dépens. En l’absence d’accord spécifique, le principe légal retrouve son empire. Cette interprétation restrictive protège la sécurité juridique. Elle évite les contentieux sur la portée d’une simple acceptation. La solution garantit une application prévisible de la règle.

**La mise à la charge du demandeur : une appréciation souveraine des circonstances**

Le tribunal use de son pouvoir d’appréciation pour déroger au principe. Il estime pertinent de laisser les dépens à la charge du demandeur. Cette décision repose sur une analyse concrète des circonstances de l’espèce. Le demandeur est à l’origine de l’instance introduite par injonction de payer. Il se désiste après l’opposition du débiteur et plusieurs renvois. La juridiction considère probablement que son attitude a généré des frais inutiles. La solution sanctionne ainsi un comportement processuel jugé peu diligent. Elle vise à prévenir les actions légères ou abusives.

Cette approche présente un intérêt pratique certain. Elle responsabilise le demandeur qui engage une procédure. La menace de supporter les dépens en cas de désistement tardif incite à la réflexion préalable. Le jugement participe à une saine administration de la justice. Il évite que le désistement ne devienne un moyen de contourner les condamnations aux dépens. Toutefois, cette appréciation souveraine comporte une part d’insécurité. Les praticiens ne peuvent anticiper avec certitude la décision du juge. Seule une convention expresse offre une garantie totale.

La portée de cette décision demeure limitée. Elle constitue une simple application des textes en vigueur. Le tribunal n’innove pas mais rappelle avec clarté le régime du désistement. Sa motivation concise illustre la marge d’appréciation laissée aux juges du fond. L’arrêt peut inciter les parties à contractualiser explicitement le sort des dépens. Il confirme enfin l’équilibre entre autonomie des volontés et pouvoir régulateur du juge.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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