Cour d’appel de Pau, le 13 septembre 2012, n°11/01888

La Cour d’appel de Pau, chambre sociale, le 13 septembre 2012, a statué sur un litige né du licenciement pour faute grave d’une salariée. Le Conseil de prud’hommes avait jugé ce licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse. L’employeur, condamné en première instance, a interjeté appel en soulevant une exception de péremption de l’instance et en défendant le bien-fondé de la rupture. La Cour d’appel, après avoir écarté l’exception de péremption, a infirmé le jugement pour constater l’existence d’une faute grave. Cette décision illustre l’autonomie de l’appréciation des juges civils face à une relaxe pénale et démontre une exigence probatoire particulière en matière de faute grave.

L’arrêt écarte d’abord l’exception de péremption en reconnaissant la validité d’un sursis à statuer conventionnel. Les parties avaient sollicité conjointement un report de l’audience civile en raison d’une procédure pénale en cours. La Cour retient que cette volonté commune, renouvelée lors d’audiences successives, équivaut à une suspension conventionnelle de l’instance. Elle considère ainsi que la demande de report « s’assimile à un sursis à statuer demeurant la volonté conjointe des parties d’attendre l’issue de la procédure pénale ». Cette analyse assouplit les règles de la péremption. Elle privilégie la volonté des parties et l’économie des procédures. La solution évite une issue purement formelle au litige. Elle peut cependant complexifier la gestion procédurale. Les délais de jugement s’en trouvent nécessairement allongés.

Sur le fond, la Cour affirme l’indépendance de son appréciation civile malgré la relaxe intervenue au pénal. La salariée avait bénéficié d’une relaxe pour abus de confiance après requalification des faits. La Cour rappelle que « la décision de relaxe n’empêche pas la juridiction civile d’examiner le bien fondé du licenciement ». Elle procède ensuite à une analyse autonome des éléments de preuve. L’arrêt relève des disparités comptables importantes entre les carnets de rendez-vous et les fiches de caisse. Il note que la salariée était seule à tenir la caisse durant une période critique. Il souligne aussi qu’elle n’a fourni aucune explication sur ces différences. La Cour en déduit l’existence d’une faute grave. Cette démarche consacre la liberté de la preuve en matière prud’homale. Elle démontre que des indices graves et concordants peuvent suffire à établir la faute. La solution protège l’employeur face à des agissements préjudiciables. Elle peut toutefois sembler sévère au regard de l’acquittement pénal. La preuve civile retenue repose largement sur des présomptions et des témoignages. L’arrêt montre ainsi que le standard de preuve « civile » demeure distinct du standard pénal.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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