Cour d’appel de Paris, le 3 mai 2011, n°11/02815

La Cour d’appel de Paris, dans un arrêt du 3 mai 2011, a rejeté trois requêtes identiques en renvoi pour suspicion légitime. Le requérant contestait la juridiction du juge de l’exécution du Tribunal de grande instance de Paris. Il invoquait une entrave à sa défense et une absence de titre exécutoire. Le juge de l’exécution et un magistrat délégué avaient déjà écarté cette demande. Le ministère public concluait également à son rejet. La Cour d’appel devait donc statuer sur la régularité de la demande de renvoi. Elle a jugé que les conditions légales n’étaient pas remplies. Elle a aussi prononcé une amende civile à l’encontre du requérant.

La décision rappelle les exigences strictes de la procédure de renvoi pour suspicion légitime. Elle en précise également le caractère distinct des questions touchant au fond du litige.

**I. Le rejet d’une demande de renvoi pour défaut de cause légale**

La Cour vérifie d’abord la conformité de la demande aux textes applicables. Le requérant invoquait une impossibilité de se défendre et dénonçait une procédure injustifiée. La Cour relève que ces griefs « ne démontrent aucunement qu’en prenant cette décision […] ce magistrat l’aurait privé du droit à un procès équitable ou manqué à son devoir d’impartialité ». Elle opère ainsi une distinction nette entre les critiques sur le déroulement de l’instance et les motifs de suspicion contre le juge.

L’arrêt procède ensuite à la qualification juridique des faits allégués. Il les confronte aux causes énumérées par l’article 341 du code de procédure civile et à l’article 6-1 de la Convention européenne. La Cour constate que la demande « ne repose, ni sur l’une ou l’autre des causes énumérées par l’article 341 du Code de procédure civile, ni sur les exigences de l’article 6-1 ». Le contrôle opéré est strictement légaliste. Il écarte les motifs d’ordre général ou liés au fond du droit.

**II. La sanction d’une requête dilatoire par une amende civile**

La Cour utilise ensuite son pouvoir disciplinaire pour sanctionner l’auteur de la requête. Le prononcé d’une amende civile de 2500 euros s’appuie sur les articles 353 et 363 du code de procédure civile. Cette sanction manifeste la qualification de la demande comme abusive ou dilatoire. Elle vise à prévenir le recours à des procédures de renvoi détournées de leur finalité.

La portée de cette condamnation dépasse le seul cas d’espèce. Elle rappelle que le droit à un tribunal impartial ne saurait justifier des manœuvres d’obstruction. La Cour protège ainsi l’autorité de la justice et l’efficacité de la procédure. L’arrêt affirme une jurisprudence ferme contre l’usage intempestif des voies de recours. Il limite les possibilités de contestation systématique de la juridiction naturelle.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture