Cour d’appel de Lyon, le 8 mars 2011, n°09/06650

La vente en viager d’un bien immobilier assortie d’une clause de délivrance dans un délai déterminé après le décès du vendeur a donné lieu à un litige portant sur la validité de la procédure de référé engagée par les héritiers. Le Tribunal de grande instance de Lyon, par ordonnance de référé du 5 octobre 2009, a rejeté plusieurs demandes mais a désigné un huissier pour procéder à un constat des lieux. L’acquéreur, faisant appel, contestait la validité de l’assignation initiale et le bien-fondé de la désignation de l’huissier. La Cour d’appel de Lyon, par arrêt du 8 mars 2011, a confirmé l’ordonnance entreprise. La question de droit posée est de savoir quelles sont les conditions de validité d’une signification d’assignation et dans quelle mesure le juge des référés peut ordonner une mesure d’instruction en présence d’un différend. La Cour d’appel a jugé que l’assignation était régulière et que la désignation d’un huissier pour un constat était justifiée par l’urgence et l’existence d’un différend.

L’arrêt rappelle avec rigueur les conditions de forme de la signification et consacre une interprétation pragmatique des pouvoirs du juge des référés en matière de mesures d’instruction.

**La régularité formelle de l’assignation : une application stricte des textes**

La Cour d’appel de Lyon a d’abord examiné la validité de l’assignation délivrée par voie d’huissier. L’acquéreur soutenait la nullité de cette signification. La Cour a rappelé les exigences des articles 655 et 656 du code de procédure civile. Elle a précisé que l’huissier doit mentionner dans l’acte les vérifications effectuées lorsqu’il ne peut procéder à une remise “à personne”. En l’espèce, l’huissier avait constaté la présence du nom du destinataire sur la boîte aux lettres et avait laissé un avis de passage. La Cour a estimé que “les mentions portées sur l’acte litigieux sont suffisantes pour établir l’impossibilité dont fait état l’huissier et le sérieux de la vérification faite”. Elle a ainsi refusé d’exiger une justification de la réception effective de l’avis de passage, soulignant qu’“aucune disposition légale ou réglementaire n’exige qu’il soit justifié que l’avis de passage et la lettre sont parvenus à leur destinataire”. Cette solution applique strictement la lettre des textes et la présomption de validité de l’acte d’huissier. Elle assure une sécurité juridique en évitant des nullités de procédure fondées sur des incertitudes factuelles. Cette approche restrictive de la nullité protège l’efficacité de la justice, même si elle pourrait parfois méconnaître la réalité de l’information de la partie.

**La mesure d’instruction ordonnée en référé : la consécration d’un pouvoir d’appréciation adapté à l’urgence**

La Cour a ensuite validé la désignation d’un huissier pour un constat des lieux. Elle s’est appuyée sur les articles 808 et 809 du code de procédure civile. La Cour a jugé que les héritiers, tenus par un délai contractuel sous astreinte, “justifiaient tant du différend les opposant à [l’acquéreur] sur le respect de leur obligation que de l’urgence dans laquelle ils se trouvaient”. Elle a ainsi retenu l’existence d’un différend justifiant l’intervention du juge des référés. La Cour a également considéré que le fait pour l’acquéreur d’avoir pris possession des lieux de manière non contradictoire avant l’ordonnance “ne remet pas en cause le bien fondé de la décision”. Cette analyse est remarquable. Elle admet qu’une mesure de constat peut être ordonnée non seulement pour prévenir un dommage, mais aussi pour établir les faits au cœur d’un litige contractuel urgent. La Cour étend ainsi la notion de “mesure utile” au sens de l’article 809, alinéa 2. Elle donne au juge des référés un pouvoir d’appréciation important pour organiser la preuve dans un contexte conflictuel. Cette solution pragmatique favorise l’administration de la preuve et peut prévenir des contentieux ultérieurs sur l’état des lieux. Elle renforce l’efficacité du référé comme mode de résolution des conflits urgents.

L’arrêt de la Cour d’appel de Lyon du 8 mars 2011 offre une lecture ferme des règles procédurales. Le rejet des nullités de l’assignation garantit la stabilité des actes introductifs d’instance. La validation de la mesure de constat en référé élargit les outils à la disposition du juge pour gérer l’urgence. Ces solutions concourent à une justice plus efficace. Elles témoignent d’une volonté de privilégier le fond du litige sur des vices de forme et d’adapter les instruments procéduraux aux nécessités pratiques des justiciables.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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