Cour d’appel de Lyon, le 6 juin 2011, n°10/01602

L’arrêt rendu par la Cour d’appel de Lyon le 6 juin 2011 statue sur les conséquences pécuniaires d’un divorce prononcé pour altération définitive du lien conjugal. Le jugement déféré avait rejeté la demande en prestation compensatoire et fixé une pension alimentaire pour deux enfants. L’appelante sollicite l’octroi d’une prestation compensatoire tandis que l’intimé forme un appel incident visant à supprimer la pension alimentaire. La cour d’appel réforme partiellement la décision première. Elle alloue une prestation compensatoire et met fin au versement de la pension alimentaire pour les enfants. La décision soulève la question de l’appréciation des disparités dans le cadre de la prestation compensatoire et celle de la cessation de l’obligation d’entretien.

La Cour d’appel de Lyon opère une analyse concrète des critères légaux pour octroyer une prestation compensatoire. Elle constate d’abord l’existence d’une disparité entre les situations respectives des époux. Elle relève que l’épouse « justifie d’un revenu moyen de 725 € en 2007, de 1 177 € en 2008, mais de 453 € en 2009 » et ne perçoit plus que des indemnités journalières de 286,50 € par mois suite à un accident. Le mari justifie quant à lui de revenus avoisinant 1900 € mensuels. La cour écarte l’analyse du premier juge qui avait dénié toute disparité au motif que les deux époux bénéficiaient de l’aide juridictionnelle. Elle estime que ce « premier juge a fait donc une analyse un peu hâtive des situations ». La cour procède ensuite à la pondération des critères de l’article 271 du code civil. Elle retient la durée du mariage, vingt ans, et les âges respectifs des époux. Elle prend aussi en compte que l’épouse « a vu sa carrière professionnelle compromise par la naissance des trois enfants ». Cependant, elle tempère ce constat en relevant que « des difficultés professionnelles de Mme Z… sont également largement causées par son éthylisme ». Elle considère enfin que le mari « se retrouve seul à régler des dettes communes ». Au terme de cette appréciation globale, la cour fixe une prestation compensatoire de 9600 €, payable en mensualités. Cette méthode démontre une application rigoureuse et nuancée des textes. La cour refuse une approche automatique ou purement arithmétique. Elle réalise une synthèse équilibrée des éléments favorables et défavorables à chaque époux. Cette démarche correspond à l’esprit de la loi de 2004 qui a instauré une appréciation in concreto.

La portée de l’arrêt est significative en matière de prestation compensatoire et d’obligation alimentaire. Concernant la prestation compensatoire, la décision rappelle avec force que le bénéfice de l’aide juridictionnelle n’est pas un indicateur fiable de l’absence de disparité. La cour réaffirme la nécessité d’une analyse approfondie des ressources et des charges réelles. Elle illustre également la prise en compte simultanée de plusieurs critères, sans hiérarchie préétablie. La compensation des déséquilibres n’est ni systématique ni exclue. Elle résulte d’un exercice de modulation où la durée du mariage et les sacrifices professionnels pèsent lourd. La solution s’inscrit dans la ligne d’une jurisprudence qui cherche à réaliser une équité concrete. Elle évite à la fois l’indemnisation de toutes les conséquences du divorce et l’indifférence aux préjudices économiques objectifs. Pour l’obligation d’entretien envers les enfants, l’arrêt applique des principes bien établis. Il statue que la pension alimentaire cesse lorsque l’enfant majeur perçoit un salaire régulier. Il décide aussi qu’elle cesse lorsque l’enfant réside chez l’autre parent. La cour fixe une date précise de cessation, le premier jour du mois suivant le changement de situation. Cette rigueur dans la détermination des périodes dues est essentielle pour prévenir les conflits ultérieurs. L’arrêt offre ainsi une application pédagogique des règles gouvernant les suites pécuniaires du divorce.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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