Cour d’appel de Lyon, le 30 mai 2011, n°10/02814

La Cour d’appel de Lyon, dans un arrêt du 30 mai 2011, a été saisie d’un appel formé contre une ordonnance du juge aux affaires familiales de Villefranche-sur-Saône du 23 octobre 2009. Cette ordonnance avait fixé la résidence habituelle d’une enfant chez sa mère et imposé au père le versement d’une contribution alimentaire. Les époux, mariés sous le régime de la séparation de biens, sont parents d’une fille née en 2008. Une procédure de divorce est engagée. En première instance, le père demandait une résidence alternée et la suppression de la pension. La mère sollicitait la confirmation des mesures ordonnées. La Cour d’appel infirme partiellement l’ordonnance pour statuer à nouveau. Elle retient la résidence alternée et supprime la pension alimentaire. La question de droit posée est celle des critères guidant le juge dans le choix du mode de résidence d’un jeune enfant et des conséquences financières de ce choix. La solution apportée affirme la primauté de l’intérêt concret de l’enfant et consacre un lien entre le mode de résidence et l’obligation alimentaire.

L’arrêt précise les critères d’appréciation de l’intérêt de l’enfant en matière de résidence. Il écarte tout argument d’autorité fondé sur des positions médicales générales. La Cour rappelle qu’ »il appartient au juge d’apprécier in concreto l’intérêt de l’enfant dans le cas d’espèce particulier qui lui est soumis ». Elle refuse ainsi une opposition de principe à la résidence alternée pour les jeunes enfants. L’examen concret conduit la juridiction à comparer les rythmes imposés à l’enfant. Elle relève que le système de résidence fixe chez la mère, combiné à un droit de visite étendu, entraîne « trois changements de résidence » sur quinze jours. La résidence alternée hebdomadaire en comporterait quatre. La différence est jugée minime au regard des bénéfices attendus. La Cour met en avant l’objectif de « favoriser les rapports de celle-ci avec chacun de ses parents ». Elle valide aussi l’équilibre des charges parentales, les deux parents travaillant. L’absence de difficulté avérée dans l’exercice des droits du père est un élément décisif. La solution s’ancre dans une appréciation globale et comparative des situations pratiques.

La portée de cette décision est significative en droit de la famille. Elle s’inscrit dans le mouvement jurisprudentiel qui fait de la résidence alternée une solution normale lorsque les conditions sont réunies. L’arrêt rappelle utilement que l’âge jeune de l’enfant n’est pas un obstacle absolu. Il renforce le pouvoir souverain des juges du fond pour apprécier les situations individuelles. La décision lie également le mode de résidence à l’obligation d’entretien. La Cour estime qu’un hébergement égalitaire supprime le besoin d’une pension alimentaire. Elle procède à une comparaison des revenus et des charges des parents pour le constater. Cette approche économique consacre une forme de présomption de prise en charge directe. Elle simplifie les relations financières entre parents séparés. Toutefois, cette automaticité pourrait être discutée. Elle ne tient pas compte des éventuels déséquilibres dans les dépenses spécifiques supportées par chaque foyer. La solution privilégie la clarté et l’apaisement du conflit, objectif également visé par le rejet des demandes sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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