Cour d’appel de Douai, le 5 mai 2011, n°10/07751

La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 5 mai 2011, a été saisie d’un appel limité aux seules dispositions relatives à la contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants, fixées par une ordonnance de non-conciliation. L’appelant, assigné en divorce, soutenait son impécuniosité et demandait la suppression de cette obligation. L’intimée sollicitait la confirmation de l’ordonnance. La question posée était de savoir si l’absence de ressources pouvait exonérer un parent de toute contribution alimentaire envers ses enfants. La Cour a répondu positivement, en constatant l’impécuniosité de l’appelant et en le dispensant de toute contribution.

**La consécration jurisprudentielle de l’impécuniosité comme cause d’exonération**

L’arrêt opère une application stricte des critères légaux de la contribution alimentaire. L’article 371-2 du Code civil prévoit que les parents contribuent « en fonction des besoins de l’enfant et de leurs ressources respectives ». La Cour relève avec précision les éléments de preuve de l’absence de ressources. Elle note que l’intéressé « ne survit que grâce à l’Allocation de Solidarité Spécifique » et retient « les revenus extrêmement modestes » ainsi que « la réalité de ses charges ». L’impression générale qui se dégage est celle d’un examen concret et détaillé de la situation financière. La Cour en déduit logiquement que « son impécuniosité est établie ». Cette motivation illustre une interprétation littérale du texte. L’obligation alimentaire est conditionnée par l’existence de ressources. Son fondement moral et légal ne peut imposer l’impossible.

La solution adoptée s’inscrit dans une tradition jurisprudentielle constante. Les juges du fond vérifient toujours la réalité des ressources alléguées. La décision se distingue cependant par sa clarté. Elle affirme sans ambiguïté le principe selon lequel l’absence totale de revenus disponibles entraîne l’impossibilité de contribuer. La formule retenue est nette : « il convient de débouter Madame Y… de sa demande de contribution ». Cette rigueur analytique renforce la sécurité juridique. Elle garantit une application prévisible de la règle de droit. La portée de l’arrêt est donc principalement confirmative. Il rappelle une solution bien établie en lui donnant une expression particulièrement ferme.

**Les limites pratiques d’une exonération fondée sur l’absence de ressources**

La décision soulève néanmoins des interrogations sur ses conséquences pratiques. Exonérer un parent de toute contribution peut sembler contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant. Le principe de solidarité familiale pourrait suggérer une obligation minimale, ne serait-ce que symbolique. La Cour écarte cette perspective au nom du réalisme économique. Elle estime qu’une condamnation pécuniaire serait vaine et injuste. Cette approche strictement financière mérite discussion. Elle pourrait inciter à une déresponsabilisation. L’obligation alimentaire ne constitue pas seulement une dette d’argent. Elle est une composante essentielle de l’autorité parentale.

L’arrêt laisse également en suspens la question de la révision de la décision. L’impécuniosité constatée n’est pas nécessairement définitive. La Cour statue pour le présent, sans envisager l’avenir. Elle précise que la dispense prend effet « à compter de la décision déférée ». Cette rédaction implique qu’une modification ultérieure de la situation des parties pourrait justifier une nouvelle demande. La solution reste donc circonstancielle. Elle évite un enfermement dans une situation de précarité durable. Son caractère provisoire atténue les critiques potentielles. L’équilibre trouvé est ainsi subtil. Il concilie la situation actuelle du parent débiteur avec la protection permanente des enfants.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture