Cour d’appel de Douai, le 14 avril 2011, n°10/03015

La Cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 14 avril 2011, statue sur les conséquences d’un divorce pour faute. Le juge aux affaires familiales d’Hazebrouck avait rejeté les demandes en divorce par un jugement du 2 mars 2010. Chaque époux forme appel en invoquant l’adultère de l’autre et sollicite le divorce à ses torts exclusifs. Ils demandent également la fixation de mesures accessoires. La cour d’appel doit déterminer la cause du divorce et régler ses suites pécuniaires et familiales. Elle prononce le divorce aux torts partagés, fixe une prestation compensatoire et une contribution à l’entretien des enfants. La décision illustre l’appréciation souveraine des juges du fond sur la qualification des fautes et la compensation des déséquilibres post-rupture.

**I. La consécration d’un pouvoir souverain d’appréciation des fautes et des besoins**

La cour utilise son pouvoir souverain pour qualifier les manquements aux devoirs du mariage. Elle constate que les deux époux ont commis des fautes. L’épouse a entretenu une relation adultère ayant conduit à la naissance d’un enfant. L’époux a également multiplié les relations adultères. La cour estime que “ces faits caractérisent des violations graves des devoirs du mariage”. Elle en déduit la nécessité de prononcer le divorce aux torts partagés. Cette solution atténue les effets juridiques d’une faute exclusive. Elle évite ainsi d’aggraver artificiellement les conséquences du divorce.

Le pouvoir souverain s’exerce aussi pour apprécier les besoins nés de la rupture. La cour analyse la situation des époux au regard de l’article 271 du code civil. Elle relève la disparité future des conditions de vie. L’épouse, sans emploi ni qualification, a consacré sa vie au foyer. L’époux dispose d’une capacité de gain supérieure malgré un licenciement récent. La cour fixe une prestation compensatoire modeste de 8 000 euros. Elle motive son montant par l’âge des parties et leur capacité à rebâtir une vie professionnelle. Cette analyse concrète des ressources et des besoins guide utilement le calcul.

**II. La recherche d’un équilibre pratique dans les mesures accessoires**

La décision recherche un équilibre entre les intérêts des parents et ceux des enfants. Pour la contribution à l’entretien, la cour applique l’article 371-2 du code civil. Elle pondère les ressources respectives et la charge assumée par chaque parent. Elle relève que “la répartition de la charge des enfants est désavantageuse pour la mère”. Le droit de visite du père est réduit. La mère supporte donc la majeure partie des frais quotidiens. La pension est fixée à 80 euros par enfant. Ce montant est supérieur à celui de l’ordonnance de mise en état. Il traduit une volonté de compenser le déséquilibre dans la garde effective.

L’équilibre recherché se manifeste également dans l’organisation du droit de visite. Le père obtient un droit limité aux samedis. La cour note qu’il “ne sollicite pas de droit d’hébergement durant les vacances scolaires”. Elle adapte donc le droit aux demandes formulées. Elle prévoit une suspension en cas d’éloignement des enfants. Cette modulation témoigne d’une attention particulière aux réalités pratiques. La cour évite ainsi d’imposer un cadre rigide contraire à l’intérêt des enfants. Elle privilégie une solution réaliste et exécutable.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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