Cour d’appel de Bastia, le 16 mars 2011, n°09/01054

La Cour d’appel de Bastia, dans un arrêt du 16 mars 2011, se prononce sur la régularité d’une procédure de sanction des dirigeants en matière de procédure collective. Un jugement du Tribunal de commerce avait condamné un gérant au paiement du passif social. L’appelant invoquait la nullité de l’acte introductif pour violation des délais et défaut de convocation à une audition personnelle. La Cour d’appel rejette l’exception de nullité liée au délai mais accueille le moyen tiré de l’absence de convocation. Elle infirme donc le jugement et déclare la demande de condamnation irrecevable. La question posée est celle des conditions de régularité de la convocation du dirigeant devant le tribunal en vue d’une sanction. La solution retenue affirme le caractère obligatoire de cette convocation personnelle, dont l’absence constitue une fin de non-recevoir.

L’arrêt consacre d’abord une exigence procédurale protectrice des droits de la défense. Il rappelle que la convocation du dirigeant pour une audition personnelle est un préalable obligatoire. La Cour relève que l’assignation initiale ne mentionnait pas cette audition. Elle constate également l’absence de toute convocation du greffe venant pallier cette carence. L’arrêt précise que cette obligation s’impose “en matière de sanction commerciale”. Le défaut de convocation personnelle prive le tribunal de la possibilité de statuer sur le fond. La Cour en déduit que cette irrégularité constitue une fin de non-recevoir. Cette solution protège les droits de la défense du dirigeant mis en cause. Elle garantit un exercice effectif de ses droits devant la juridiction. La rigueur de cette analyse procédurale est tempérée par un refus d’annuler l’ensemble de la procédure. La Cour écarte la nullité de l’acte introductif pour violation du délai de l’article 856 du code de procédure civile. Elle estime que l’appelant ne démontre pas le grief subi. Cette approche pragmatique évite une sanction excessive pour une irrégularité purement formelle.

La portée de cette décision est significative pour le droit des procédures collectives. Elle confirme une jurisprudence exigeante sur les garanties procédurales entourant les sanctions. L’arrêt rappelle le caractère d’ordre public de certaines règles de procédure. La fin de non-recevoir peut être soulevée pour la première fois en appel. Cette solution renforce la sécurité juridique des dirigeants. Elle peut cependant compliquer l’action des mandataires liquidateurs. Ces derniers doivent veiller scrupuleusement au respect des formalités. Le risque d’irrecevabilité retardera le recouvrement des créances sociales. L’équilibre entre célérité et droits de la défense reste délicat. La décision s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle protectrice des droits des dirigeants. Elle pourrait inciter à un formalisme accru dans la rédaction des actes introductifs. Son influence sur les pratiques des tribunaux de commerce mérite d’être observée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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