Tribunal de commerce de Tours, le 21 janvier 2025, n°2025000381

Le Tribunal de commerce de Tours, statuant en premier ressort par jugement du 21 janvier 2025, a été saisi d’une demande d’ouverture d’une liquidation judiciaire. Une société, exerçant une activité de restaurant et immatriculée au registre du commerce, a déclaré être en état de cessation des paiements. Son dirigeant a sollicité l’ouverture de cette procédure, estimant la situation irrémédiablement compromise et excluant tout plan de redressement. Le tribunal a accédé à cette demande. Il a fixé la date de cessation des paiements et désigné les organes de la procédure. Cette décision soulève la question de l’appréciation judiciaire des conditions d’ouverture d’une liquidation judiciaire à la suite d’une déclaration du débiteur. Le tribunal a retenu que les conditions légales étaient réunies et a prononcé la liquidation. L’examen de cette décision permet d’en analyser le fondement juridique, puis d’en mesurer la portée pratique.

**I. Le strict respect des conditions légales justifiant la liquidation judiciaire**

Le tribunal vérifie scrupuleusement les éléments de droit et de fait permettant l’ouverture de la procédure. Il constate d’abord la qualité du débiteur, relevant que la société “peut en conséquence bénéficier des procédures du livre VI du code de commerce”. Cette qualification est un préalable nécessaire à l’application du droit des entreprises en difficulté. Le juge s’assure ensuite de la réalité de la cessation des paiements. Il fonde son constat sur “les informations recueillies” et “les pièces produites”, établissant que le débiteur se trouve “dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible”. Cette appréciation in concreto est essentielle pour déclencher le régime protecteur.

L’examen de l’absence de perspective de redressement conduit le tribunal à un constat définitif. Il se base sur “la déclaration de cessation des paiements et des explications données en chambre du conseil”. Le jugement note “qu’il n’existe aucune possibilité de présenter un plan de redressement avec apurement du passif”. Le dirigeant a lui-même reconnu qu’aucun plan par continuation n’était envisageable, “l’exploitation étant déficitaire, et non susceptible de restructuration ou de cession”. Le tribunal tire les conséquences de cet état de fait. Il estime qu’“il y a donc lieu, dès à présent, (…) de prononcer la liquidation judiciaire”. Le raisonnement suit une logique cumulative et justifie la décision prise.

**II. Les modalités d’exécution d’une liquidation prononcée dans sa phase initiale**

La décision organise concrètement le déroulement de la procédure ouverte. Le tribunal fixe avec précision la date de cessation des paiements au 1er juin 2024. Il motive ce choix en indiquant que “c’est à cette date que des dettes étaient exigibles sans que le débiteur puisse y faire face”. Cette détermination est cruciale pour le calcul de la période suspecte et la validité de certains actes. Le juge nomme ensuite les différents acteurs de la liquidation. Il désigne un juge-commissaire et un liquidateur, chargé de missions spécifiques. L’arrêté des délais est également opéré, avec un terme fixé à deux ans pour l’examen de la clôture.

Le jugement détaille les obligations immédiates du liquidateur. Il “devra établir dans le mois du présent jugement un rapport sur la situation”. Un état de l’actif et du passif doit être produit dans un délai de deux mois. Le tribunal anticipe aussi les étapes suivantes. Il enjoint au liquidateur de préparer “la liste des créances déclarées, avec ses propositions d’admission, de rejet, ou de renvoi” dans un délai de douze mois. La désignation d’un représentant des salariés est également ordonnée. Ces mesures illustrent le caractère encadré et progressif de la procédure. Elles visent à garantir une liquidation ordonnée dans l’intérêt des créanciers.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture