Tribunal de commerce de Sens, le 21 janvier 2025, n°2024L00444

Le Tribunal de commerce de Sens, statuant le 21 janvier 2025, a été saisi d’une requête du liquidateur judiciaire aux fins de clôture de la liquidation judiciaire d’une société. Le tribunal avait initialement prononcé la liquidation par un jugement du 23 juin 2020. Considérant que la clôture ne pouvait intervenir à la date initialement prévue, le juge a examiné les conditions d’une prorogation du délai. La décision statue sur la prolongation de la procédure et en précise les modalités futures. Elle soulève la question de l’aménagement des délais de clôture d’une liquidation judiciaire et des pouvoirs du tribunal en la matière. Le tribunal a prorogé la date limite de clôture au 23 mars 2026 et a indiqué qu’il appartiendrait ultérieurement au liquidateur de saisir le juge par voie de rapport. Cette solution appelle une analyse des conditions de la prorogation et de ses implications procédurales.

**Les conditions légales de la prorogation du délai de clôture**

Le tribunal fonde sa décision sur l’impossibilité de clore la procédure au terme initial. Le juge applique ici les articles L. 643-9 et R. 643-17 du code de commerce. Le premier texte prévoit que le tribunal peut, à tout moment, soit d’office, soit sur requête du liquidateur, proroger le délai imparti pour réaliser l’actif. Le second précise les modalités de saisine et d’audition. La décision montre une application stricte de ce cadre. Elle relève simplement que « la clôture ne peut pas intervenir au terme du délai ». Cette motivation concise est caractéristique d’un contrôle de régularité formelle. Le juge vérifie que le délai initial est écoulé ou sur le point de l’être et qu’un obstacle empêche la clôture. Il n’exige pas la démonstration d’une cause particulière ou d’un motif grave. Cette interprétation est favorable à une gestion flexible des liquidations complexes. Elle évite une clôture prématurée qui nuirait à une bonne réalisation de l’actif. Cette souplesse est essentielle pour l’efficacité de la procédure.

Toutefois, cette apparente discrétion du juge mérite examen. La loi ne définit pas la notion d’impossibilité de clôture. Le juge de Sens se contente d’un constat, sans détailler les raisons. Une telle approche pourrait sembler trop peu exigeante. Elle contraste avec la nécessité de garantir une célérité procédurale, principe cardinal du droit des entreprises en difficulté. La jurisprudence antérieure exige parfois des éléments justifiant la prolongation. Ici, l’absence de motivation substantielle pourrait fragiliser la décision. Elle laisse une large marge d’appréciation au tribunal. Cette latitude est cohérente avec le caractère « d’ordre » de la mesure, mentionné dans le dispositif. Le juge agit pour assurer le bon déroulement de la mission de liquidation. La solution adoptée privilégie donc l’effectivité de la procédure sur un formalisme rigide. Elle confirme une tendance à faciliter les aménagements nécessaires à l’apurement du passif.

**Les effets procéduraux de la décision de prorogation**

La décision produit deux effets principaux. Elle fixe un nouveau terme et organise les étapes suivantes. Le tribunal « proroge au 23 mars 2026 la date limite ». Ce nouveau délai est impératif. Il cadre temporellement la poursuite des opérations. Cette fixation est une prérogative souveraine du juge. Elle doit être raisonnable au regard des besoins de la liquidation. Le choix d’une date précise offre une sécurité juridique aux parties concernées. Par ailleurs, le tribunal précise qu’ »il appartiendra au liquidateur de saisir le tribunal par voie de rapport pour statuer sur la clôture ». Cette mention est cruciale. Elle rappelle que la prorogation ne clôt pas la procédure. Elle en prolonge simplement la durée active. La clôture définitive fera l’objet d’une décision distincte, prise sur rapport du liquidateur. Cette dissociation est logique. Elle permet au juge de contrôler, in fine, l’achèvement des opérations. Le liquidateur reste le moteur de la procédure. Sa saisine future est une obligation.

Cette organisation révèle une répartition claire des rôles. Le juge statue sur la prorogation en fonction de l’état d’avancement. Le liquidateur demeure chargé de mener à bien la réalisation de l’actif. La décision opère ainsi une forme de pilotage judiciaire à distance. Elle donne un cadre sans immobiliser le processus. Cette approche est pragmatique. Elle évite des audiences multiples à seule fin de constater l’état d’avancement. Toutefois, elle place une lourde responsabilité sur le liquidateur. Celui-ci doit apprécier le moment opportun pour requérir la clôture. Un retard injustifié pourrait engager sa responsabilité. La solution assure ainsi une continuité procédurale tout en maintenant un contrôle ultime du juge. Elle illustre le caractère subsidiaire de l’intervention judiciaire en matière de liquidation, une fois les grandes orientations fixées.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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