Tribunal de commerce de Saint-Etienne, le 22 janvier 2025, n°2024F01870

Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne, par jugement du 22 janvier 2025, prononce la liquidation judiciaire d’un entrepreneur individuel. La procédure de redressement judiciaire avait été ouverte le 27 novembre 2024. Le mandataire judiciaire a ensuite saisi le tribunal d’une requête en conversion. Il constatait une absence totale de collaboration du dirigeant. Aucun document comptable ne lui avait été transmis. Le juge-commissaire et le ministère public émettaient un avis favorable à cette conversion. Le tribunal a estimé que l’entreprise se trouvait dans l’impossibilité de poursuivre son activité. Aucune perspective de redressement n’apparaissait réalisable. La question se posait de savoir si les carences du dirigeant dans l’exécution de ses obligations pouvaient justifier la conversion de la procédure. Le tribunal a fait droit à la requête et a prononcé la liquidation judiciaire. Cette décision illustre les conséquences procédurales d’un défaut de coopération du débiteur et précise les conditions de l’impossibilité de redressement.

**Les carences du dirigeant comme motif de conversion de la procédure**

Le jugement retient la faute du dirigeant pour constater l’impossibilité du redressement. Le tribunal relève « une absence totale de collaboration du dirigeant qui ne s’est pas présenté aux convocations ». Il ajoute qu’ »aucun document comptable et/ou financier ne lui a été transmis ». Ces éléments sont décisifs pour le prononcé de la liquidation. La décision s’appuie sur l’article L. 631-15 du code de commerce. Elle en déduit que « l’entreprise débitrice se trouve dans l’impossibilité de poursuivre son activité ». Le défaut de transmission des documents empêche toute évaluation sérieuse de la situation. Il rend impossible l’établissement d’un plan de continuation. La carence du dirigeant prive ainsi la procédure de son objet principal.

Cette solution est conforme à la jurisprudence constante. Les juges considèrent que la coopération du débiteur est une obligation essentielle. Le défaut de communication des documents comptables est un motif grave. Il démontre l’impossibilité de sauvegarder l’entreprise. La décision rappelle utilement cette exigence procédurale. Elle en fait une condition du maintien en redressement judiciaire. Le prononcé de la liquidation devient alors une sanction presque automatique. Cette rigueur se justifie par la nécessité de protéger les intérêts des créanciers. Elle garantit aussi l’efficacité de la procédure collective.

**La consécration d’une impossibilité de redressement objective**

Le tribunal caractérise une impossibilité de redressement par une appréciation in concreto. Il procède à un examen global de la situation de l’entreprise. Le jugement énonce qu’ »il résulte des informations recueillies par le Tribunal […] que l’entreprise débitrice se trouve dans l’impossibilité de poursuivre son activité ». Le constat n’est pas seulement lié au comportement du dirigeant. Il repose sur une absence de perspective économique. La décision affirme qu’ »aucune de ces solutions n’apparaissant réalisable ». Le tribunal vérifie ainsi l’inexistence de toute possibilité de continuation ou de cession.

Cette approche est traditionnelle en jurisprudence. Elle correspond à une application stricte des textes. L’article L. 631-15 du code de commerce vise l’impossibilité de redresser la situation. La décision montre que cette impossibilité peut être actée rapidement. Elle intervient dès la phase d’observation lorsque les éléments sont suffisants. Le tribunal ne se contente pas des carences du dirigeant. Il recherche une impossibilité structurelle et définitive. Cette méthode protège les droits du débiteur contre une conversion trop hâtive. Elle assure une certaine sécurité juridique. Le jugement maintient donc un équilibre entre célérité et protection des intérêts en présence.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture