Tribunal de commerce de Saint-Etienne, le 22 janvier 2025, n°2024F01837

Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne, par jugement du 22 janvier 2025, prononce la liquidation judiciaire d’un entrepreneur individuel. Cette décision intervient après l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire le 20 novembre 2024. Le mandataire judiciaire a sollicité la conversion en liquidation, estimant l’activité cessée depuis décembre 2023 et le redressement impossible. Le ministère public a requis cette conversion. Le tribunal, constatant l’impossibilité de poursuivre l’activité et l’absence de perspective de redressement, a fait droit à ces demandes.

La question de droit posée est celle des conditions de conversion d’un redressement judiciaire en liquidation judiciaire pour un entrepreneur individuel. Le tribunal retient que l’impossibilité de redressement, caractérisée par la cessation d’activité, justifie cette conversion. Il applique strictement l’article L. 631-15 du code de commerce. Cette solution appelle une analyse de son fondement légal et une appréciation de sa portée dans le régime des procédures collectives.

**Le strict respect des conditions légales de la liquidation judiciaire**

Le tribunal fonde sa décision sur le constat d’une impossibilité objective de redressement. Il relève que « l’entreprise débitrice se trouve dans l’impossibilité de poursuivre son activité et d’offrir une perspective de redressement ». Cette formule reprend les termes de l’article L. 631-15 du code de commerce. Le juge vérifie ainsi la réunion des conditions légales exigées pour prononcer la liquidation. La cessation d’activité depuis plus d’un an constitue un indice sérieux de cette impossibilité.

Le raisonnement procède par élimination des alternatives possibles. Le tribunal examine implicitement les solutions de redressement. Aucune n’apparaît réalisable au vu de la situation économique. La conversion est alors une conséquence nécessaire. La décision illustre le contrôle exercé par le juge sur l’état de l’entreprise. Il ne se limite pas aux déclarations du mandataire judiciaire. Il procède à une appréciation souveraine « des informations recueillies » et « des pièces produites ». Cette démarche garantit le respect du principe de traitement des difficultés des entreprises.

**Une application rigoureuse du régime de l’entrepreneur individuel**

Le jugement rappelle avec précision les effets de la procédure sur le patrimoine de l’entrepreneur. Il indique que « le seul patrimoine professionnel de l’entrepreneur individuel est concerné ». Cette mention est essentielle depuis l’entrée en vigueur de la loi du 14 février 2022. Elle traduit l’application du principe de séparation des patrimoines professionnel et personnel. Le tribunal se déclare compétent pour connaître des contestations relatives à cette séparation.

Cette précision a une portée pratique considérable. Elle protège le patrimoine personnel du débiteur des poursuites des créanciers professionnels. La liquidation ne portera que sur les biens affectés à l’activité. Le juge adapte ainsi les mesures de publicité et les notifications. Il veille à la bonne information du débiteur sur ses obligations. La décision intègre pleinement les réformes récentes du droit des entreprises en difficulté. Elle assure une sécurité juridique tant pour le débiteur que pour les créanciers.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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