Tribunal de commerce de Rennes, le 4 février 2025, n°2024F00196

Le Tribunal de commerce de Rennes, par jugement du 4 février 2025, statue sur un désistement d’instance. Le demandeur initial a assigné le défendeur en paiement. Il se désiste ensuite de son action. Le défendeur n’a présenté aucune défense au fond avant ce désistement. La juridiction doit donc appliquer les règles du code de procédure civile. Elle examine si l’acceptation du défendeur est nécessaire pour valider le désistement. Le problème juridique réside dans l’interprétation des conditions de perfectionnement du désistement unilatéral. Le tribunal donne acte du désistement et liquide les dépens. Il estime que l’acceptation du défendeur n’est pas requise en l’espèce.

**I. L’affirmation d’une condition légale strictement interprétée**

Le tribunal retient une application littérale des textes gouvernant le désistement. Il rappelle que le désistement n’est parfait que par l’acceptation du défendeur. Ce principe général est posé par l’article 394 du code de procédure civile. Il vise à protéger la partie défenderesse qui pourrait avoir un intérêt au jugement. Le désistement met un terme définitif à l’instance. La volonté unilatérale du demandeur ne suffit donc pas en principe.

La décision opère cependant une distinction fondée sur le comportement procédural du défendeur. Le tribunal cite intégralement l’article 395 du même code. Il relève que « l’acceptation n’est pas nécessaire si le défendeur n’a présenté aucune défense au fond ou fin de non-recevoir ». Cette exception est interprétée de manière restrictive. Seule l’absence totale de défense sur le fond permet de court-circuiter l’exigence d’acceptation. Le juge constate « que tel est le cas en l’espèce ». Cette vérification factuelle est essentielle. Elle conditionne l’application du régime dérogatoire et la validation du désistement.

**II. La consécration d’une sécurité procédurale aux effets limités**

Cette solution assure une certaine sécurité juridique pour le demandeur. Elle lui permet de mettre fin rapidement à une procédure devenue inutile. Le défendeur inactif ne peut bloquer ce désistement par son silence. La procédure est ainsi allégée et les frais contenus. Le tribunal liquide d’ailleurs les dépens selon le tarif fixe. Cette approche favorise l’économie procédurale et désencombre les rôles.

La portée de cette décision demeure néanmoins étroite. Elle constitue une application classique d’une disposition procédurale claire. Le jugement ne crée pas une nouvelle jurisprudence. Il rappelle simplement les conditions strictes de l’exception prévue par la loi. Le défendeur doit n’avoir soulevé aucune argumentation sur le fond. La moindre défense au fond rendrait l’acceptation obligatoire. Cette rigueur préserve les droits de la défense. Elle évite qu’un demandeur ne se retire abusivement après avoir pris connaissance des moyens adverses. La solution reste donc équilibrée et conforme aux standards procéduraux.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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