Tribunal de commerce de Paris, le 7 février 2025, n°2023052889

Le Tribunal des activités économiques de Paris, dans un jugement du 7 février 2025, statue sur les effets procéduraux d’un désistement d’instance et d’action. Une société avait initialement assigné deux autres entités. Après plusieurs renvois en mise en état, la demanderesse a déclaré se désister de son instance et de son action lors de l’audience. La première défenderesse a accepté ce désistement, tandis que la seconde est demeurée non comparante. Le tribunal devait donc déterminer les conséquences juridiques de cette volonté unilatérale de mettre fin au litige, acceptée par l’une des parties adverses. Il a donné acte du désistement et de son acceptation, puis a constaté l’extinction de l’instance et son propre dessaisissement en application des articles 384 et 395 du code de procédure civile. La solution retenue consacre ainsi l’efficacité d’un désistement accepté, mettant fin définitivement à l’instance et à l’action.

La régularité formelle du désistement constatée par le juge

Le tribunal vérifie d’abord la régularité des conditions de fond du désistement. L’article 384 du code de procédure civile exige une manifestation de volonté claire du demandeur. Le jugement relève que le conseil de la demanderesse « déclare se désister de son instance et de son action ». Cette formulation expresse satisfait à l’exigence d’une intention non équivoque. Le texte exige également que le désistement soit accepté par le défendeur. Le tribunal note que le conseil de la première défenderesse « accepte le désistement d’instance et d’action ». L’acceptation est ainsi parfaitement caractérisée pour cette partie. La seconde défenderesse, étant non comparante, ne fait pas obstacle à la régularité de l’opération. Le juge procède donc à un contrôle strict des conditions légales avant d’en tirer les conséquences.

Le tribunal applique ensuite les effets juridiques attachés à cette situation procédurale. Le désistement d’instance, accepté par la partie adverse, entraîne l’extinction de l’instance. Conformément à l’article 384, le tribunal « constate l’extinction de la présente instance et son dessaisissement ». Cet effet est automatique et s’impose au juge. Le désistement d’action, également accepté, produit un effet plus radical. Il éteint l’action elle-même, empêchant toute nouvelle demande sur le même fondement. Le jugement opère une synthèse claire des deux dispositions en donnant acte des déclarations des parties. La solution est classique et respectueuse de l’économie du code de procédure civile. Elle assure une sécurité juridique en actant la fin définitive du litige entre les parties présentes.

Les implications pratiques d’une décision de dessaisissement

La portée de la décision se mesure d’abord à ses conséquences immédiates sur le procès. En constatant son dessaisissement, le tribunal se déclare incompétent pour statuer davantage. Le litige est radié du rôle sans examen au fond. La charge des frais est laissée à chaque partie, suivant la règle de l’article 696 du code. Cette solution est cohérente avec la nature consensuelle de l’extinction du litige. Aucune condamnation aux dépens n’est prononcée, sauf pour les frais irrépétibles du greffe. Le jugement évite ainsi de créer un déséquilibre financier supplémentaire. Il valide l’idée qu’un accord pour mettre fin au procès ne doit pas générer de nouvelles charges contentieuses. Cette approche favorise les solutions amiables et désengorge les tribunaux.

La valeur de l’arrêt réside dans sa rigueur procédurale et son effet pédagogique. Il rappelle avec précision le régime du désistement accepté. La distinction entre instance et action est respectée, de même que le rôle actif du juge. Ce dernier ne se contente pas d’enregistrer passivement les volontés. Il les contrôle et en tire les conséquences légales par un dispositif motivé. La décision s’inscrit dans une jurisprudence constante sur la matière. Elle n’innove pas mais applique avec clarté des principes bien établis. Sa portée est donc principalement illustrative. Elle sert de référence pour les praticiens sur les modalités concrètes d’un désistement en audience. La sécurité procédurale est ainsi renforcée par une application prévisible du droit.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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