Tribunal de commerce de Paris, le 6 février 2025, n°2023009997

Le Tribunal des activités économiques de Paris, par jugement du 6 février 2025, ordonne la réouverture des débats dans une instance en cours. Cette décision intervient après le dépôt de conclusions par la défenderesse visant au déboutement de la demanderesse et à une condamnation sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Le tribunal relève le changement de représentant de la société demanderesse, initialement représentée par une SELARL puis par une SELAFA, toutes deux agissant pour le compte du même liquidateur judiciaire. Il estime nécessaire d’entendre les parties sur les conséquences de ce changement. Cette situation soulève la question de l’incidence d’une modification de la représentation procédurale en cours d’instance sur la régularité et la poursuite de la procédure. Le tribunal a choisi de ne pas statuer immédiatement sur le fond et a ordonné une réouverture des débats pour examiner cette question préalable.

**La consécration d’un pouvoir général d’appréciation du juge**

Le jugement illustre l’étendue du pouvoir d’appréciation du juge de la mise en état. Face à un changement intervenu dans la représentation d’une partie, le tribunal se saisit d’office de cette question. Il considère que ce fait, survenu après la clôture des débats, justifie un nouvel examen. Le tribunal « souhaite entendre les parties sur le changement de représentant […] et des conséquences éventuelles de ce changement ». Cette formulation dénote une approche prudente. Le juge ne présume pas de la régularité ou de l’irrégularité de la situation. Il use de son pouvoir d’instruction pour éclairer son délibéré. Cette solution s’inscrit dans la logique des articles 3 et 12 du code de procédure civile. Le juge dirige la procédure et peut ordonner toute mesure d’instruction utile. La décision rappelle ainsi que la recherche de la vérité procédurale prime sur un strict formalisme. Elle confirme la maîtrise du juge sur le déroulement de l’instance.

Cette appréciation in concreto s’accompagne d’une attention portée aux droits de la défense. La réouverture des débats permet à chaque partie de discuter l’incidence du changement de représentant. Le tribunal évite ainsi de statuer sur le fond sans avoir garanti l’équité des débats. Cette démarche est conforme à l’exigence d’un procès équitable. Elle témoigne d’une interprétation substantielle des règles de représentation. Le juge ne se contente pas de vérifier la validité formelle des pouvoirs. Il cherche à apprécier si la modification affecte la continuité de la procédure. Cette position jurisprudentielle est traditionnelle. Elle assure la sécurité juridique tout en préservant la flexibilité nécessaire à la bonne administration de la justice.

**Les limites d’une solution laissant persister une insécurité procédurale**

La portée de la décision demeure cependant limitée par son caractère provisoire. Le tribunal ne tranche pas la question de fond qu’il a identifiée. Il renvoie son examen à une audience ultérieure. Cette prudence peut être analysée comme une sage temporisation. Elle peut aussi être perçue comme une source d’insécurité pour les parties. L’instance se prolonge sans que la régularité de la représentation ne soit établie. Cette incertitude peut affecter la stratégie contentieuse. Elle retarde le règlement définitif du litige principal. Le choix du tribunal reflète une difficulté récurrente. Il doit concilier célérité et rigueur procédurale. La solution adoptée privilégie manifestement la seconde.

La décision soulève indirectement la question de l’unité de la personne du représentant. Le liquidateur judiciaire demeure identique. Seule la structure juridique qui le mandate change. Le tribunal semble considérer que cette substitution n’est pas neutre. Il estime nécessaire un débat spécifique. Cette position pourrait être discutée. La doctrine considère souvent que la continuité est assurée par la permanence du mandataire judiciaire. La personnalité morale du représentant est alors un élément accessoire. En exigeant un débat, le jugement suggère une analyse plus stricte. Il tend à assimiler tout changement de représentation à un événement susceptible d’affecter la procédure. Cette approche rigoriste pourrait compliquer inutilement les instances. Elle mériterait d’être explicitée par le tribunal lors des débats réouverts. La solution définitive apportera une précision utile sur l’appréciation de tels changements en droit des procédures collectives.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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