Tribunal de commerce de Paris, le 16 janvier 2025, n°2024050609

Le Tribunal des activités économiques de Paris, dans un jugement du 16 janvier 2025, statue sur une instance relative au recouvrement d’une créance commerciale internationale. Une société française, créancière, avait assigné son débiteur allemand pour le paiement du solde de factures impayées. Après plusieurs règlements partiels en cours de procédure, la demanderesse a informé la juridiction du paiement intégral de la dette par le défendeur. Elle a alors sollicité son désistement. Le tribunal, constatant l’absence de conclusions de la défenderesse, a donné acte de ce désistement et a prononcé l’extinction de l’instance. Il a néanmoins condamné la demanderesse originaire au paiement des dépens. Cette décision illustre les modalités de traitement d’un désistement en matière commerciale internationale et soulève la question de la répartition des dépens dans une telle hypothèse.

**La régularité procédurale du désistement en présence d’un défendeur défaillant**

Le tribunal constate d’abord la régularité de la procédure suivie à l’encontre du défendeur étranger. Il relève que l’assignation a été « signifiée à domicile » conformément aux règles de l’Union européenne. Il ajoute que des échanges de courriels démontrent que la défenderesse « est informée de l’instance et de l’audience ». Cette vérification est essentielle pour garantir le droit à un procès équitable. Le défendeur ayant disposé d’un temps suffisant pour organiser sa défense, son absence à l’audience ne fait pas obstacle à la poursuite de la procédure. Le juge peut alors statuer sur la demande de désistement.

La décision donne ensuite acte à la demanderesse « de son désistement d’instance et d’action ». Elle constate « l’extinction de la présente instance et son dessaisissement en application des articles 384 et 395 du Code de procédure civile ». Le désistement d’action, accepté par le tribunal, met fin définitivement au litige. Il emporte renonciation à toute nouvelle action sur la même cause. Cette solution est classique lorsque le demandeur est seul à comparaître. Le tribunal valide ainsi un mode de résolution du litige intervenu en dehors de son office, après qu’il eut encouragé les parties à trouver un arrangement.

**La condamnation aux dépens de la partie à l’origine de l’instance**

La décision se distingue par son dispositif concernant les frais de procédure. Alors que le désistement est acté, le tribunal « condamne la demanderesse aux dépens de la présente instance ». Cette solution mérite analyse. L’article 696 du Code de procédure civile dispose que « la partie perdante est condamnée aux dépens ». Ici, il n’y a techniquement pas de partie perdante, le litige ayant disparu par l’effet du paiement et du désistement. La juridiction use donc de son pouvoir d’appréciation.

Le raisonnement sous-jacent semble pragmatique. L’instance a été engagée par la demanderesse pour un différend qui s’est finalement réglé à l’amiable. Le défendeur, bien que défaillant, a finalement exécuté son obligation contractuelle. Condamner ce dernier aux dépens aurait pu être perçu comme une sanction disproportionnée. Inversement, laisser les dépens à la charge de chaque partie n’était pas imposé. Le tribunal choisit de faire supporter les frais de procédure à celle qui en est à l’origine. Cette approche peut être vue comme une application de l’équité procédurale. Elle évite qu’une partie ne supporte les conséquences financières d’une instance devenue sans objet par la volonté de son adversaire.

Cette décision rappelle que l’extinction de l’instance ne clôt pas nécessairement toutes les questions financières liées à la procédure. La solution retenue, bien que discrétionnaire, apparaît équilibrée. Elle ne décourage pas le recours amiable en cours de procédure, tout en ne privant pas la juridiction de son pouvoir de régler les conséquences pratiques de l’instance. Sa portée demeure néanmoins limitée à l’espèce, fortement marquée par la défaillance du défendeur et le règlement tardif de la créance.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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