Tribunal de commerce de Paris, le 15 janvier 2025, n°2023063663

Le Tribunal des activités économiques de Paris, dans un jugement du 15 janvier 2025, statue sur une action en paiement dirigée contre une caution. Une société avait souscrit deux prêts auprès d’un établissement bancaire. La défenderesse, gérante de cette société, s’était portée caution solidaire pour ces emprunts par deux actes sous seing privé. Suite au défaut de paiement de la société débitrice, la banque a prononcé la déchéance du terme et a mis en demeure la caution. Cette dernière, bien que régulièrement assignée, n’a pas comparu. Le tribunal, statuant par jugement réputé contradictoire, fait droit aux demandes de la banque. Il condamne la caution au paiement des sommes garanties dans les limites contractuelles. La décision soulève la question de l’opposabilité des mentions manuscrites apposées par la caution sur un formulaire de cautionnement imprimé. Elle permet également d’observer le traitement procédural du défaut de comparution.

**La validation d’un engagement cautionnel malgré des stipulations contradictoires**

Le tribunal retient la validité des engagements de la défenderesse. Il constate la régularité formelle des actes de cautionnement, “dument signé[s] et revêtu[s] des mentions requises”. La qualification commerciale du cautionnement est établie par l’intérêt personnel de la gérante dans l’opération. Le cœur de l’analyse réside dans l’interprétation de la clause limitative du montant garanti. L’acte imprimé prévoyait un plafond couvrant “50% de l’obligation garantie […] majoré d’un montant forfaitaire” pour les accessoires. La caution avait ajouté une mention manuscrite précisant que la somme plafond couvrait “le principal, des intérêts, des pénalités”. Le tribunal ne discute pas cette apparente contradiction. Il se contente de citer les deux formulations pour ensuite affirmer que la défenderesse “est valablement tenue par ses engagements”. Cette approche minimise la portée de l’écrit manuscrit, pourtant réputé l’emporter sur les clauses imprimées selon l’article 1190 du Code civil. La solution privilégie la sécurité juridique du créancier et la force obligatoire du contrat. Elle écarte toute discussion sur une éventuelle sureté excessive, la caution étant dirigeante.

**La consécration des effets procéduraux du défaut de comparution en matière commerciale**

La décision illustre rigoureusement le régime du jugement réputé contradictoire. Conformément à l’article 472 du code de procédure civile, le juge statue sur le fond malgré l’absence de la partie. Il ne fait droit à la demande “que dans la mesure où il l’estime régulière, recevable et bien fondée”. Le tribunal vérifie ainsi scrupuleusement la régularité de l’assignation et l’intérêt à agir du demandeur. Il procède à un examen substantiel des pièces versées aux débats pour établir le caractère “certain, liquide et exigible” des créances. Le défaut n’entraîne donc pas une acceptation automatique des prétentions. Il impose cependant à la partie défaillante de supporter les conséquences d’une défense non présentée. Le tribunal accueille intégralement les demandes, y compris la capitalisation des intérêts et l’allocation de frais sur le fondement de l’article 700. Le rappel que “l’exécution provisoire est de droit” renforce la position du créancier. Cette rigueur procédurale assure l’efficacité de la justice commerciale. Elle sanctionne l’inertie d’une partie tout en préservant les exigences du procès équitable par un contrôle judiciaire minimal.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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