Tribunal de commerce de Nanterre, le 16 janvier 2025, n°2024F01294

Le Tribunal des activités économiques de Nanterre, statuant le 16 janvier 2025, a eu à connaître d’une instance née d’une procédure d’injonction de payer. Le demandeur initial sollicitait le paiement d’une somme d’argent. Une ordonnance d’injonction de payer fut rendue puis signifiée au défendeur. Ce dernier forma une opposition régulière dans les délais. Le demandeur ne comparaît pas aux audiences de la procédure d’opposition. Le tribunal devait alors statuer sur le sort de cette opposition et de l’ordonnance initiale. La question se posait de savoir si l’absence du demandeur à l’audience d’opposition entraînait la caducité de l’ordonnance d’injonction de payer et la radiation de l’affaire. Le tribunal a déclaré l’opposition recevable, radié l’affaire pour défaut d’intérêt du demandeur et déclaré caduque l’ordonnance d’injonction de payer.

La solution retenue consacre une application stricte des exigences procédurales de l’instance contradictoire. Elle révèle également les conséquences rigoureuses de l’inaction d’une partie.

**I. La sanction du défaut d’intérêt : une application rigoureuse des principes de la procédure**

Le jugement procède à une analyse en deux temps, distinguant la recevabilité de l’opposition et l’examen au fond. Il déclare d’abord l’opposition “régulièrement formée dans le délai imparti” et la déclare recevable. Cette première étape respecte le droit du débiteur de contester la créance alléguée. L’existence d’un litige est ainsi établie, rendant nécessaire un débat contradictoire.

Le tribunal constate ensuite que le demandeur initial “ne s’étant pas présentée aux différentes audiences de procédure”. De ce fait, il estime que le demandeur fait défaut d’intérêt à poursuivre l’instance. La radiation de l’affaire pour ce motif en découle logiquement. Cette solution est conforme à la jurisprudence constante selon laquelle “l’intérêt à agir doit exister au jour où le juge statue”. L’absence répétée à l’audience manifeste un désintérêt pour la poursuite de l’action. Le juge applique ainsi avec rigueur une condition essentielle de la procédure. Il évite de statuer au fond en l’absence d’une partie pour soutenir ses prétentions.

**II. Les effets de la radiation : la caducité de l’injonction de payer et la condamnation aux dépens**

La décision tire les conséquences juridiques de la radiation. Elle “déclare caduque l’ordonnance d’injonction de payer”. Cette caducité est l’effet direct de l’opposition devenue définitive par la disparition de l’instance. L’ordonnance, provisoire par nature, perd tout effet exécutoire. Le litige sur le fond demeure non jugé, laissant aux parties la possibilité d’engager une nouvelle action au fond.

Le tribunal “condamne” également le demandeur défaillant “en tous les dépens”. Cette condamnation inclut ceux de la procédure d’injonction de payer et de l’opposition. Elle s’appuie sur l’article 696 du code de procédure civile. Le principe est que la partie succombante supporte les frais. Ici, le demandeur est considéré comme succombant du fait de son désistement d’instance par son absence. Cette condamnation complète la sanction procédurale et vise à indemniser partiellement le défendeur, contraint de se défendre. Elle rappelle que l’engagement d’une procédure, même simplifiée, comporte des risques financiers en cas de défaillance.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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