Tribunal de commerce de Nanterre, le 16 janvier 2025, n°2023F00017

Le Tribunal des activités économiques de Nanterre, statuant le 16 janvier 2025, a été saisi d’une demande de constatation de désistement d’action. Le demandeur initial a déclaré se désister de son action en audience. Un défendeur a accepté ce désistement, tandis que l’autre défendeur, resté silencieux, n’avait présenté aucune défense au fond. Le tribunal a dû déterminer les conditions de validité d’un tel désistement et ses conséquences sur l’instance en cours. Il a constaté le désistement d’action et en a déduit l’extinction de l’instance. Cette décision invite à analyser le régime procédural du désistement d’action, puis à en mesurer les effets sur le déroulement de l’instance.

Le jugement applique strictement les conditions légales du désistement d’action. L’article 395, alinéa 1er, du code de procédure civile prévoit que le désistement est parfait si le défendeur l’accepte. Le tribunal relève qu’un défendeur a formellement accepté. Pour l’autre défendeur, il applique l’alinéa 2 du même texte, qui dispose que l’acceptation n’est pas nécessaire lorsque aucune défense au fond n’a été présentée. Le tribunal constate qu’“il n’a été présenté oralement aucune défense de la part de [ce défendeur] au fond ou fin de non-recevoir”. Cette qualification des écritures produites est essentielle. Elle permet d’éviter qu’une partie ne bloque indûment la procédure par son inertie. La solution respecte l’économie du texte, qui distingue la situation du défendeur qui s’est déjà défendu de celle du défendeur purement passif. Le raisonnement est ainsi conforme à la jurisprudence constante de la Cour de cassation sur l’interprétation de l’article 395.

La portée de cette décision est cependant limitée par son caractère strictement procédural. Le tribunal se borne à “constater le désistement d’action emportant désistement d’instance” et “en conséquence l’extinction de l’instance”. Il ne traite aucunement du fond du litige. Cette rigueur est caractéristique des décisions de pure administration judiciaire. Elle évite tout empiètement sur le mérite de l’affaire, désormais éteinte. Le jugement précise également que “chaque partie conservera la charge de ses frais et dépens”. Cette solution est logique puisque le désistement émane du demandeur, sans faute imputable au défendeur. Elle s’inscrit dans l’application classique de l’article 696 du code de procédure civile. La décision apparaît donc comme une mise en œuvre technique et neutre des règles de la procédure civile, sans innovation notable.

La valeur de ce jugement réside dans sa clarté et son exactitude technique. Il rappelle utilement les conditions d’application de l’article 395. Sa rigueur est pédagogique pour les praticiens. Toutefois, son intérêt jurisprudentiel est faible. Il ne tranche aucune question nouvelle ou controversée. Il applique simplement une procédure bien établie à une situation factuelle simple. On peut regretter l’absence de motivation sur la qualification des écritures du défendeur non comparant. Une brise analyse aurait renforcé la sécurité juridique. La décision illustre le rôle de gestion des instances par le juge, garant d’une procédure loyale et efficace. Elle n’en demeure pas moins une application routinière du droit positif, sans réelle ambition créatrice.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture