Tribunal de commerce de Montpellier, le 31 janvier 2025, n°2025000184

La Cour d’appel de Montpellier, par un arrêt du 5 novembre 2024, a prononcé la liquidation judiciaire d’une société et fixé la date de cessation des paiements au 13 juillet 2023. Elle a renvoyé l’affaire devant le Tribunal de commerce pour la suite de la procédure. Par un jugement du 31 janvier 2025, le Tribunal de commerce de Montpellier a procédé à la désignation des organes de la liquidation. Il a nommé un juge-commissaire, un liquidateur judiciaire et un mandataire chargé de l’inventaire. Le tribunal a également fixé les délais pour l’établissement de la liste des créances et pour l’examen de la clôture. La question posée est celle de l’articulation des pouvoirs entre la cour d’appel, qui prononce la liquidation, et le tribunal de commerce, qui en organise les modalités pratiques. Le jugement illustre la répartition des rôles entre ces deux juridictions dans le déroulement d’une procédure collective. Il confirme la compétence du tribunal pour les mesures d’exécution et de gestion de la liquidation après le prononcé par la cour.

**La confirmation des attributions du tribunal de commerce en phase d’exécution**

Le jugement procède à la mise en œuvre des décisions prises par la cour d’appel. Il désigne les organes de la procédure conformément aux articles L. 621-9 et L. 622-6 du code de commerce. Le tribunal “ordonne la désignation” d’un commissaire-priseur judiciaire pour réaliser l’inventaire. Cette mesure est une application directe de la décision de liquidation. Elle relève de la phase d’exécution de la procédure. Le tribunal fixe également des délais de procédure. Il “fixe à 12 mois le délai d’établissement de la liste des créances”. Il précise que “la clôture de la procédure devra être examinée par le Tribunal dans le délai d’un an”. Ces dispositions montrent que le tribunal assure la direction opérationnelle de la liquidation. Son rôle est de garantir le bon déroulement des opérations après le prononcé. Cette répartition des tâches est classique en matière de procédures collectives. Elle permet une spécialisation des interventions juridictionnelles.

Le tribunal veille au respect des droits des parties concernées. Il “invite s’il y a lieu les salariés de l’entreprise à désigner leur représentant”. Cette invitation est faite en application de l’article L. 621-4 du code de commerce. Elle témoigne de la prise en compte des intérêts des salariés dans la procédure. Le tribunal organise ainsi les conditions du déroulement contradictoire de la liquidation. Sa mission est d’encadrer la procédure pour en assurer la régularité. Le jugement ne contient aucune remise en cause des décisions de la cour d’appel. Il se limite strictement à leur exécution. Cette approche respecte la hiérarchie des décisions juridictionnelles. Elle évite tout conflit de compétence entre les juridictions.

**La portée limitée du contrôle du tribunal sur les décisions de fond**

Le tribunal de commerce n’exerce aucun contrôle sur le bien-fondé de la liquidation. Le jugement rappelle que sa saisine résulte du renvoi effectué par la cour d’appel. Il se borne à exécuter la décision de liquidation prononcée. Le tribunal ne réexamine pas la date de cessation des paiements fixée par la cour. Il ne discute pas non plus du principe de la liquidation. Son office est purement procédural et d’exécution. Cette limitation est conforme à l’économie générale du droit des procédures collectives. Le prononcé de la liquidation est une décision de fond. Elle relève de l’appréciation souveraine des juges du fond. Le tribunal de commerce, en phase d’exécution, ne peut la remettre en cause.

La décision illustre la spécialisation fonctionnelle des juridictions commerciales. La cour d’appel statue sur les éléments substantiels de la procédure. Le tribunal de commerce en gère les conséquences pratiques. Cette répartition peut favoriser une certaine efficacité procédurale. Elle permet une prise en charge rapide des mesures d’exécution. Toutefois, elle peut aussi soulever des questions de cohérence. Le tribunal de commerce doit appliquer des décisions qu’il n’a pas rendues. Cette séparation des phases peut complexifier le suivi global du dossier. Elle suppose une coordination étroite entre les juridictions. Le jugement montre que cette coordination fonctionne dans le cas d’espèce. Le tribunal applique strictement le cadre défini par la cour d’appel.

Le jugement n’innove pas sur le plan des principes juridiques. Il applique de manière rigoureuse des règles procédurales bien établies. Sa valeur réside dans sa clarté et sa précision opérationnelle. Il évite tout empiètement sur les attributions de la cour d’appel. En même temps, il assume pleinement les responsabilités dévolues au tribunal de commerce. Cette décision contribue à la sécurité juridique des procédures collectives. Elle rappelle la nécessaire discipline procédurale qui doit présider à leur déroulement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture