Tribunal de commerce de Gap, le 17 janvier 2025, n°2024J00010

Le Tribunal de commerce de Gap, par jugement du 17 janvier 2025, statue sur une demande en paiement de factures restées impayées. Une société exploitant un bowling avait commandé des travaux de rénovation. Le prestataire, placé en liquidation judiciaire, réclame le solde de ses factures. Le débiteur oppose l’inexécution fautive des prestations pour justifier son défaut de paiement. Le tribunal doit déterminer si ce dernier est fondé à invoquer l’exception d’inexécution. Il accueille partiellement cette exception, déboutant le liquidateur de sa principale demande mais condamnant le client au paiement de certaines factures. La décision précise les conditions de preuve des manquements contractuels et les limites du droit de rétention du débiteur.

**La reconnaissance circonstanciée de l’exception d’inexécution**

Le tribunal admet le principe de l’exception d’inexécution invoquée par le client. Il constate que « la société DOC’K MAINTENANCE ELECTRIQUE n’a pas correctement exécuté sa prestation ». Cette conclusion s’appuie sur un constat d’huissier faisant état de malfaçons techniques. Le juge écarte cependant d’autres éléments produits. Un rapport de contrôle réglementaire est jugé inopérant pour prouver la bonne exécution, car son objet se limite à la sécurité des personnes. De même, une simple différence de couleur sur des pièces remplacées ne constitue pas un défaut. Le tribunal opère ainsi un tri rigoureux des moyens de preuve. Il retient uniquement les manquements objectivement établis et portant atteinte à la fonctionnalité de l’ouvrage. Le désordre concernant la visserie est qualifié de malfaçon car il constitue « un handicap notable pour la pratique de l’activité ». L’approche est concrète et finaliste. Elle lie la qualification de l’inexécution à ses conséquences sur l’usage normal du bien.

La mise en œuvre de l’exception produit des effets modulés. Le juge estime que le solde d’une facture principale « représente la partie des travaux ayant fait l’objet de malfaçons ». Il autorise donc la retenue d’une somme correspondante. En revanche, il rejette l’argument pour d’autres factures concernant des éléments décoratifs. Le client « n’apporte pas la preuve que cette partie des travaux […] n’ont pas été réalisés ou présentent des désordres ». Le droit de suspension du paiement est ainsi proportionné à la gravité des manquements prouvés. Il ne permet pas une rétention globale de la créance. Cette solution respecte l’économie de l’article 1217 du code civil. Elle évite qu’une inexécution partielle n’entraîne une libération totale du débiteur.

**La portée limitée de la preuve par constat et le rejet des demandes accessoires**

La décision illustre la valeur probatoire relative d’un constat d’huissier non contradictoire. Les juges relèvent que ce constat « n’a pas été établi contradictoirement ». Ils en font néanmoins « la seule pièce ayant été produite aux débats permettant au tribunal d’apprécier la situation ». En l’absence de demande d’expertise, ils s’en remettent à ce document. Cette analyse confère une certaine efficacité à ce mode de preuve unilatéral. Elle place cependant une charge sur la partie qui le conteste. Celle-ci doit alors proposer une mesure d’instruction pour le combattre. Le jugement rappelle ainsi l’importance de la diligence des parties dans l’administration de la preuve. Il valide une méthode pragmatique face à un dossier essentiellement écrit.

Les demandes indemnitaires accessoires sont systématiquement rejetées. La demande en dommages-intérêts pour procédure abusive échoue. Le tribunal exige la preuve d’une faute procédurale et d’un préjudice, qui ne sont pas rapportés. La demande fondée sur des factures de reprise de travaux est également écartée. Les pièces produites « ne permettent pas de justifier que lesdits travaux sont liés à une reprise ». Le juge exige un lien causal certain et précis entre les manquements et le préjudice allégué. Cette rigueur dans l’examen des demandes complémentaires isole le cœur du litige. Elle concentre le débat sur l’appréciation de l’exécution contractuelle. Le tribunal statue in fine sur une simple compensation financière. Il condamne le client au paiement des factures non contestées et accorde une indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Cette solution aboutit à un équilibre des prétentions.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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