Tribunal de commerce de Chartres, le 6 février 2025, n°2025F00139

Le Tribunal de commerce de Chartres, par jugement du 6 février 2025, ouvre une procédure de liquidation judiciaire simplifiée à l’encontre d’une société. La société avait déclaré la cessation de ses paiements. Son actif disponible est nul pour un passif exigible de 68 681 euros. Son chiffre d’affaires annuel est très faible et elle n’emploie aucun salarié. La principale dette concerne un compte courant d’associé. L’activité n’a pas repris depuis l’été 2023. Le tribunal constate l’état de cessation des paiements et l’absence de perspective de redressement. Il retient la date du 7 août 2023 comme date de cessation des paiements. Les conditions des articles L. 641-2 et D. 641-10 du code de commerce sont remplies. Le jugement ouvre donc la liquidation judiciaire simplifiée et désigne les mandataires de justice. La question est de savoir comment le tribunal apprécie les conditions d’ouverture de cette procédure dérogatoire. La solution réside dans une application stricte des critères légaux tenant à la situation de l’entreprise.

**L’appréciation rigoureuse des conditions légales de la liquidation simplifiée**

Le tribunal procède à une vérification méthodique des éléments constitutifs de la procédure. Il constate d’abord l’état de cessation des paiements. Les juges relèvent « l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible ». Cette impossibilité est établie par les informations recueillies en chambre du conseil. Le passif est précisément chiffré. L’actif disponible est quant à lui considéré comme néant. La date de cessation des paiements est fixée au 7 août 2023. Cette date correspond au moment où l’activité n’est pas repartie. Le tribunal vérifie ensuite l’absence de perspective de redressement. Il note qu’ »aucune perspective de redressement ou de cession n’existe ». Cette absence de perspective est déduite de la situation économique de la société. Le chiffre d’affaires annuel de 8 000 euros est marginal. L’entreprise ne dispose d’aucun salarié. Sa dette principale est interne. Le tribunal en conclut à l’impossibilité manifeste d’un redressement judiciaire. Cette double constatation est essentielle. Elle justifie le choix de la liquidation et non du redressement.

Le tribunal contrôle ensuite le respect des seuils d’application de la procédure simplifiée. Il se réfère expressément aux articles L. 641-2 et D. 641-10 du code de commerce. Ces textes prévoient des conditions spécifiques. L’entreprise ne doit employer aucun salarié. Son chiffre d’affaires hors taxes doit être inférieur à 300 000 euros. Le tribunal constate que ces seuils « sont réunis ». La société ne compte effectivement aucun salarié. Son chiffre d’affaires annuel est très inférieur au plafond légal. Le tribunal ne se contente pas d’un constat formel. Il articule son raisonnement autour des faits de l’espèce. Cette rigueur dans l’examen des conditions légales est notable. Elle garantit une application correcte de ce régime dérogatoire. La liquidation judiciaire simplifiée est ainsi ouverte à bon droit. Le tribunal accomplit pleinement son office de vérification des conditions de la procédure.

**Les implications pratiques d’une procédure accélérée et allégée**

L’ouverture de cette procédure entraîne des conséquences procédurales spécifiques. Le tribunal organise un déroulement rapide et simplifié de la liquidation. Il fixe des délais stricts pour les différentes étapes. Le commissaire-priseur judiciaire doit déposer son rapport sous trente jours. Le liquidateur dispose de cinq mois pour établir la liste des créances. Le tribunal examine la clôture de la procédure au 18 septembre 2025. Ces délais resserrés sont caractéristiques du régime de la liquidation simplifiée. Ils visent à une réalisation rapide de l’actif. L’objectif est de réduire la durée et le coût de la procédure. Le tribunal désigne les auxiliaires de justice nécessaires. Un juge-commissaire, un liquidateur et un commissaire-priseur judiciaire sont nommés. Leur mission est de réaliser l’actif dans les meilleures conditions. L’exécution provisoire du jugement est ordonnée. Cette mesure évite tout retard lié à d’éventuels recours. Elle assure une mise en œuvre immédiate de la liquidation.

La portée de cette décision est significative pour les petites entreprises en difficulté. Elle illustre l’application concrète d’un dispositif conçu pour les très petites structures. Le tribunal adapte le cadre procédural à l’insignifiance de l’actif. La dette principale étant un compte courant d’associé, les créanciers externes sont probablement peu nombreux. La procédure simplifiée permet une issue rapide et peu coûteuse. Elle évite de grever un actif déjà inexistant par des frais de procédure disproportionnés. Le jugement respecte l’économie du texte. Il applique un régime dérogatoire sans en étendre le champ. La solution est conforme à la volonté du législateur. Celui-ci a souhaité offrir une procédure adaptée aux micro-entreprises. La décision du Tribunal de commerce de Chartres en est une parfaite illustration. Elle démontre l’utilité pratique de ce dispositif allégé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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