Tribunal de commerce de Bernay, le 23 janvier 2025, n°2024J00002

Le Tribunal de commerce de Bernay, par jugement du 23 janvier 2025, statue sur les conséquences procédurales d’un désistement d’instance et d’action intervenu après une transaction. Une créance commerciale initialement litigieuse a conduit le créancier à intenter une action en paiement. En cours de procédure, les parties ont conclu un protocole transactionnel confidentiel. Le demandeur a alors indiqué vouloir se désister de son action et de l’instance, ce que le défendeur a accepté. Le tribunal devait déterminer les effets juridiques de ce désistement accepté. Il constate le désistement, donne acte aux parties, prononce l’extinction de l’instance et la radiation du rôle, et laisse les dépens à la charge du demandeur. Cette décision rappelle les conditions et les effets du désistement conventionnel en procédure civile.

**Le formalisme substantiel du désistement d’instance et d’action**

Le jugement met en lumière les conditions de validité du désistement. Il exige une manifestation de volonté claire du demandeur et l’acceptation du défendeur. Le tribunal relève que le demandeur “indique se désister d’instance et d’action” et que le défendeur “accepte le désistement sollicité”. Cette double condition est essentielle. Elle traduit un accord des parties sur l’abandon de la procédure, distinct de l’accord transactionnel sous-jacent. Le juge se borne à constater cet accord procédural. Il ne contrôle pas le fond de la transaction qui a motivé le désistement. Son rôle est de donner acte d’une volonté commune de mettre fin au litige. Cette solution est conforme à l’article 384 du code de procédure civile. Le désistement accepté produit alors ses pleins effets extinctifs.

La décision illustre également la portée de ce désistement. Le tribunal en tire toutes les conséquences logiques. Il “constate l’extinction de l’instance et par suite le dessaisissement de la juridiction”. Le désistement, une fois parfait, anéantit rétroactivement la procédure. Le juge n’a plus à connaître du fond du litige. Il ordonne donc la “radiation de l’affaire du rôle”. Cette analyse est rigoureuse. Elle évite toute ambiguïté sur le sort de l’instance. Le litige est éteint sans qu’il y ait jugement sur le fond. Les parties retrouvent leur liberté, sous réserve des droits nés de leur transaction confidentielle. La solution assure une sécurité juridique certaine.

**Les conséquences économiques et incitatives de la solution retenue**

Le traitement des dépens par le tribunal mérite attention. Le jugement “laisse les dépens à la charge” du demandeur. Cette solution découle directement de l’article 385 du code de procédure civile. Elle est classique lorsque le désistement est accepté. Le demandeur supporte les frais de la procédure qu’il a engagée. Cette répartition peut sembler équitable. Elle sanctionne celui qui a initié une action finalement abandonnée. Toutefois, elle ne tient pas compte de l’origine du litige. Le défendeur était débiteur d’une somme certaine. La transaction a probablement impliqué des concessions. Imputer les dépens au seul demandeur pourrait paraître sévère. Cela fait peser sur lui le coût d’une procédure rendue nécessaire par l’inexécution initiale.

Cette approche possède une vertu incitative. Elle encourage les parties à régler leur différend rapidement. Le risque de supporter les dépens incite à la négociation avant l’assignation. La solution favorise donc les modes alternatifs de règlement des litiges. Elle peut aussi dissuader les actions dilatoires ou peu fondées. Le demandeur sait qu’un désistement ultérieur lui sera financièrement préjudiciable. La rigueur de la règle contribue à la bonne administration de la justice. Elle évite l’encombrement des tribunaux par des procédures abandonnées. Le choix du tribunal est donc pragmatique. Il applique strictement la loi pour garantir l’efficacité procédurale.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture