Tribunal de commerce d’Amiens, le 23 janvier 2025, n°2025F00083

La décision du Tribunal de commerce d’Amiens du 23 janvier 2025 ouvre une procédure de liquidation judiciaire simplifiée à l’encontre d’une société commerciale. Cette dernière, dont le chiffre d’affaires est inférieur aux seuils légaux, a déclaré être en cessation des paiements depuis la veille de l’audience. Les juges constatent l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible et relèvent l’absence manifeste de possibilité de redressement. Ils appliquent ainsi le dispositif spécifique du livre VI du code de commerce. La question posée est celle des conditions d’ouverture et des modalités d’application de la liquidation judiciaire simplifiée pour les très petites entreprises. La juridiction retient la procédure accélérée et en fixe les principaux paramètres.

**Les conditions strictes d’accès à la liquidation simplifiée**

Le jugement opère un contrôle rigoureux des critères légaux préalables à l’ouverture. La société doit présenter un chiffre d’affaires inférieur à un certain seuil, condition vérifiée par les juges. Surtout, la cessation des paiements est constatée de manière certaine. Le tribunal relève « l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible ». Cette formule reprend la définition légale de l’état de cessation des paiements. Le caractère commercial de l’entreprise est également avéré, ce qui est une condition de compétence. L’appréciation souveraine des juges du fond porte enfin sur l’absence de perspective de redressement. Ils estiment qu’il existe une « impossibilité manifeste de l’intéressée de se redresser ». Ce constat, essentiel, justifie le choix de la liquidation plutôt que d’une procédure de sauvegarde ou de redressement.

L’application de ce cadre légal aboutit à une procédure aux effets immédiats et contraignants. La date de cessation des paiements est fixée au jour de la déclaration, soit le 22 janvier 2025. Cette fixation est cruciale pour la période suspecte. Le tribunal nomme sans délai un juge-commissaire et un liquidateur. Il ordonne également l’inventaire immédiat des biens et l’établissement de la liste des créances. Ces mesures illustrent le caractère accéléré de la procédure. La poursuite de l’activité est autorisée de manière très limitée, pour une durée de huit jours seulement. Cette brièveté souligne que l’objectif n’est pas la continuation mais la réalisation des actifs.

**Une procédure accélérée au déroulement encadré**

Le jugement organise un processus rapide et sécurisé aboutissant à la clôture. Le tribunal fixe un délai impératif de neuf mois pour la clôture de la procédure, en application de l’article L. 644-5 du code de commerce. Ce délai court est caractéristique de la liquidation simplifiée. Il impose une gestion dynamique du dossier par le liquidateur. Une audience de clôture est d’ores et déjà prévue et notifiée à la société. Cette anticipation renforce l’efficacité de la procédure. Le dispositif vise à liquider les biens et à apurer le passif dans un temps très contraint. Il traduit une volonté de traitement rapide des défaillances de très petites entités.

La portée de cette décision est significative pour le droit des entreprises en difficulté. Elle illustre la mise en œuvre pratique d’une procédure conçue pour la simplicité et la célérité. Le raisonnement des juges est entièrement guidé par les textes spécifiques du livre VI. Cette application stricte peut être vue comme une garantie pour les créanciers. Elle permet une liquidation ordonnée et rapide. Toutefois, la brièveté des délais et l’appréciation souveraine de l’absence de redressement méritent attention. Elles peuvent réduire les possibilités de reprise ou de solution alternative. Cette décision s’inscrit dans une politique législative visant à désencombrer la justice commerciale. Elle privilégie une liquidation rapide des très petites structures sans perspective avérée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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