Tribunal de commerce d’Aix-en-Provence, le 7 février 2025, n°2024011090

Le Tribunal de commerce d’Aix-en-Provence, par jugement du 7 février 2025, a été saisi d’une demande du liquidateur visant à mettre fin au régime de liquidation judiciaire simplifiée. La société concernée avait fait l’objet d’un jugement de liquidation prononcé le 11 juillet 2024. Le liquidateur a estimé que des investigations prolongées rendaient impossible le respect des délais stricts de la procédure simplifiée. Le tribunal, après avoir convoqué le débiteur et avisé le ministère public, a accédé à cette demande. Il a ainsi décidé de sortir du cadre simplifié et a renvoyé l’affaire à une audience ultérieure pour examiner la clôture. La question posée est celle des conditions permettant de renoncer au dispositif de liquidation judiciaire simplifiée en cours de procédure. Le tribunal admet cette possibilité lorsque les investigations nécessaires excèdent le délai légal imparti. Cette solution appelle une analyse sur son fondement et sur ses implications pratiques.

**I. Le constat d’une impossibilité procédurale justifiant la sortie du cadre simplifié**

Le jugement opère d’abord une stricte application des textes régissant la liquidation simplifiée. Le tribunal rappelle que l’application de ce régime avait été initialement décidée. Il se fonde ensuite sur le rapport du liquidateur pour constater que « les investigations en cours qui devront durer un certain temps ne permettront pas la clôture de la procédure dans les délais requis par l’article L. 644-5 du code de commerce ». Ce motif constitue le cœur de la décision. Le juge vérifie ainsi le respect d’une condition légale impérative. Le délai de clôture fixé par la loi apparaît comme une caractéristique essentielle de la procédure simplifiée. Son impossibilité pratique en altère le principe même.

Cette interprétation consacre une approche pragmatique de la procédure collective. Le tribunal ne s’attache pas à une appréciation abstraite mais à une réalité concrète. La durée des investigations nécessaires devient le critère décisif. La décision évite ainsi une application formelle et contre-productive du régime simplifié. Elle préserve l’objectif d’une liquidation complète et sérieuse. Le juge fait prévaloir l’exigence d’une instruction approfondie sur le respect d’un calendrier procédural accéléré. Cette solution assure la cohérence de l’ensemble du processus de liquidation.

**II. Une décision préservant l’équilibre des intérêts en présence pour l’avenir de la procédure**

La portée de la décision est immédiatement procédurale. En mettant fin au régime simplifié, le tribunal réintègre la liquidation dans le droit commun. Le jugement « renvoie les parties à l’audience du 05/09/2025 à 9 heures afin qu’il soit statué sur l’examen de la clôture ». Ce report manifeste la volonté de laisser au liquidateur le temps nécessaire à ses investigations. La procédure retrouve son cours normal, libérée des contraintes de délais trop courts. Le tribunal organise ainsi la transition vers un cadre plus adapté aux nécessités de l’espèce.

Cette décision possède également une valeur protectrice pour les différents acteurs. Elle garantit au liquidateur la possibilité d’accomplir sa mission avec diligence. Les créanciers bénéficient d’une instruction plus complète pouvant favoriser le recouvrement de leurs créances. Le débiteur voit sa situation liquidée dans un cadre juridique pleinement sécurisé. Le contrôle du juge-commissaire est réaffirmé. En écartant une clôture prématurée, le jugement prévient les risques contentieux ultérieurs. Il réaffirme le pouvoir souverain du tribunal d’adapter le cadre procédural aux circonstances de la cause. Cette flexibilité apparaît essentielle à l’efficacité du droit des entreprises en difficulté.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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