Cour d’appel de Rennes, le 15 mai 2012, n°11/07002

La Cour d’appel de Rennes, dans un arrêt du 15 mai 2012, a statué sur un recours en révision formé contre trois décisions antérieures rendues dans un litige complexe de bornage et d’empiètement. Les demandeurs au recours, informés tardivement d’une renonciation à un usufruit, invoquaient la fraude et la rétention d’une pièce décisive. La cour a rejeté leur recours après avoir examiné les conditions strictes de l’article 595 du code de procédure civile. Cette décision précise les exigences du recours en révision et en restreint l’usage.

**La confirmation d’une interprétation stricte des conditions du recours en révision**

Le recours en révision constitue une voie de rétractation exceptionnelle. La cour en rappelle le caractère restrictif en exigeant une fraude active ou une rétention matérielle de pièce. Les demandeurs alléguaient que la partie adverse avait produit un acte de donation en taisant une renonciation à l’usufruit. Ils soutenaient que cette omission équivalait à une fraude au sens de l’article 595 1° du code de procédure civile. La cour écarte cette qualification en posant qu’“un simple mensonge ne peut être constitutif d’une fraude”. Cette distinction est essentielle. Elle protège l’autorité de la chose jugée contre des accusations légères de dissimulation. Seul un dol procédural caractérisé pourrait justifier la réouverture du débat.

L’exigence d’une rétention matérielle est également réaffirmée avec rigueur. Les demandeurs invoquaient l’article 595 2° en considérant l’acte de renonciation comme une pièce décisive. La cour rejette ce moyen car le document “était transcrit sur un registre public accessible aux tiers”. La publicité foncière rendait l’acte disponible pour toute partie diligent. La rétention ne peut être admise lorsque la pièce était accessible par une mesure d’instruction. Cette solution consacre une interprétation objective de la condition. Elle place la charge de la recherche des titres sur les parties durant l’instance. Elle prévient ainsi les recours fondés sur une négligence procédurale.

**La portée limitée de la décision pour l’équilibre entre sécurité juridique et recherche de la vérité**

Cet arrêt renforce la sécurité juridique en limitant les possibilités de révision. La stabilité des décisions de justice est un impératif fondamental. L’admission trop large du recours en révision la menacerait gravement. La cour privilégie cette sécurité en exigeant des faits extrêmement graves. Elle rappelle que la publicité des actes notariés constitue une présomption de connaissance. Cette solution est conforme à une jurisprudence constante. Elle évite que toute découverte postérieure ne remette en cause l’autorité de la chose jugée.

Cette rigueur peut toutefois sembler excessive dans certains cas. Elle place une charge de vigilance très lourde sur les parties. L’équité procédurale pourrait exiger un tempérament lorsque la dissimulation a été manifeste. La distinction entre mensonge et fraude reste parfois ténue. Une omission volontaire sur un élément juridique central pourrait être analysée comme un dol. La solution adoptée offre cependant une ligne claire et prévisible. Elle garantit une application uniforme de la procédure de révision. Elle confirme que cette voie reste tout à fait exceptionnelle dans notre droit positif.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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