Cour d’appel de Limoges, le 5 septembre 2011, n°10/01639

La Cour d’appel de Limoges, dans un arrêt du 5 septembre 2011, a confirmé une ordonnance de non-conciliation rendue par le juge aux affaires familiales de Tulle. Les époux, mariés sous le régime légal depuis 1973, sont séparés. L’époux a introduit une demande en divorce. Le juge avait attribué à l’épouse la jouissance du domicile conjugal à titre onéreux. Il avait autorisé l’époux à reprendre certains biens mobiliers. L’épouse faisait appel. Elle sollicitait la jouissance gratuite du logement et une pension alimentaire. L’époux demandait la confirmation de l’ordonnance. La cour d’appel rejette l’ensemble des demandes de l’épouse. Elle confirme la décision première. La question est de savoir dans quelles conditions le devoir de secours justifie l’attribution gratuite du domicile conjugal. L’arrêt rappelle que cette attribution suppose une situation de besoin. Il en précise les éléments de preuve.

**La nécessité d’un besoin caractérisé pour l’attribution à titre gratuit**

L’arrêt rappelle le principe gouvernant l’attribution du logement familial. Le juge peut l’attribuer à titre gratuit à l’un des époux. Cette décision doit se fonder sur le devoir de secours. La cour affirme qu’“il appartient en conséquence à Mme X… de démontrer qu’elle se trouve dans une situation de besoin justifiant une contribution de M. Z… à son profit au titre de son devoir de secours”. Cette charge de la preuve incombe à l’époux qui réclame le bénéfice de la jouissance gratuite. La solution est classique. Elle s’inscrit dans la logique des articles 212 et 214 du code civil. Le devoir de secours est une obligation alimentaire. Il suppose un besoin chez le créancier et des ressources chez le débiteur.

L’examen concret des ressources et des charges détermine l’existence du besoin. La cour procède à une comparaison détaillée des situations. Elle relève que les revenus de l’épouse “sont légèrement supérieurs à ceux de M. Z…”. Elle dispose d’un “revenu supplémentaire mensuel de 142,50 euros”. L’analyse ne se limite pas aux seuls revenus nominaux. La cour prend en compte l’ensemble de la situation patrimoniale. Elle note que l’épouse a continué à bénéficier des retraites de son mari. Elle a par ailleurs placé une partie de l’épargne commune sur des comptes personnels. L’époux a quant à lui supporté diverses charges communes après son départ. La cour en déduit l’absence de disparité significative. Elle estime donc que le besoin n’est pas établi. Cette approche globale et concrète est conforme à la jurisprudence. Elle évite une appréciation abstraite des seules ressources déclarées.

**L’appréciation stricte des éléments justifiant le besoin**

La démonstration du besoin doit reposer sur des preuves solides. La cour exige des justifications précises concernant l’état du logement. L’épouse invoquait le coût d’entretien et de travaux. La cour écarte ces allégations. Elle constate que le logement “n’est pas très ancien”. Des travaux importants ont été réalisés récemment. Surtout, elle relève que “Mme X… ne produit aucune photographie de l’immeuble au soutien de ses allégations de mauvais état”. À l’inverse, l’époux produit des photographies montrant un immeuble “apparemment en bon voire très bon état”. La cour exige donc une preuve matérielle des dégradations alléguées. Un simple devis d’artisan ne suffit pas. Elle estime que la nécessité de travaux “indispensables pour garantir la sécurité” n’est pas justifiée. Cette exigence probatoire est rigoureuse. Elle protège le principe de la jouissance à titre onéreux. Elle évite les allégations infondées visant à obtenir un avantage économique.

L’arrêt adopte une conception restrictive du besoin lié au logement. Il examine séparément chaque poste de dépense. Les charges d’entretien du jardin sont considérées comme minimes. Les travaux déjà effectuels sont pris en compte. La cour vérifie l’état des volets, de la fosse septique, du chauffage. Elle conclut à l’absence de dépenses urgentes et substantielles. Cette analyse morcelée peut être discutée. Elle risque de sous-estimer le coût global de maintien en état d’une habitation. La jurisprudence antérieure admet parfois une appréciation plus large. Certaines décisions accordent la jouissance gratuite face à des charges prévisibles importantes. L’arrêt de Limoges semble marquer un retour à une stricte comptabilité. Il exige que chaque besoin soit prouvé de manière certaine et immédiate. Cette rigueur peut se justifier par le souci d’équilibre entre les époux. Elle préserve les ressources de l’époux débiteur. Elle évite de créer une situation de dépendance économique prolongée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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