Cour d’appel de Bordeaux, le 31 mai 2012, n°10/04269

La Cour d’appel de Bordeaux, dans un arrêt du 31 mai 2012, a été saisie d’un litige relatif à la compétence matérielle en matière de bail commercial. Un bailleur avait saisi le juge des référés du tribunal de commerce d’une demande en provision. Le locataire contestait cette compétence au profit du tribunal de grande instance. Le juge des référés avait rejeté l’exception et condamné le locataire. Celui-ci forma appel. La cour d’appel devait déterminer si l’appel était recevable et quelle juridiction était compétente. La question de droit posée était de savoir si, en matière de bail commercial, le tribunal de commerce peut connaître d’une demande en provision sur des loyers. L’arrêt annule l’ordonnance pour incompétence du tribunal de commerce.

La solution retenue par la cour d’appel repose sur une interprétation stricte des règles de compétence d’attribution. Elle rappelle que « le tribunal de grande instance a compétence exclusive notamment en matière de baux commerciaux ». Elle précise que cette compétence persiste « même si la contestation ne met pas en cause les règles spécifiques de ce texte mais les règles de droit commun du louage d’immeuble ». Le paiement d’une quote-part d’impôt foncier relève donc de cette compétence exclusive. Parallèlement, la cour analyse les conditions de l’appel d’une ordonnance de référé. Elle applique l’article 78 du code de procédure civile. La décision attaquée, rendue en dernier ressort, n’était pas susceptible d’appel sur le fond. Elle l’était uniquement sur la compétence. La cour constate ensuite l’impossibilité d’un renvoi au premier degré en vertu de l’article 79 du même code. Elle prononce en conséquence l’annulation pure et simple de l’ordonnance.

La rigueur de la solution mérite d’être soulignée. Elle affirme une compétence exclusive du tribunal de grande instance de manière absolue. Cette interprétation est conforme à la lettre de l’article R. 211-4 du code de l’organisation judiciaire. Elle écarte toute distinction selon la nature précise du litige né du bail. La cour refuse de fragmenter la compétence. Cette approche garantit une unité de juridiction pour les litiges relatifs aux baux commerciaux. Elle évite les risques de contrariété de décisions. La sécurité juridique s’en trouve renforcée. La solution préserve également la spécialisation du juge des référés du tribunal de grande instance. Ce dernier est habitué à traiter des contentieux complexes du fonds de commerce.

La portée de l’arrêt est cependant limitée par des considérations procédurales. L’application combinée des articles 78 et 79 du code de procédure civile conduit à une annulation sans renvoi. La demande initiale se trouve ainsi privée de tout examen au fond. Cette situation peut sembler frustrante pour le bailleur demandeur. Elle illustre les conséquences rigoureuses d’une erreur de compétence. La procédure doit être reprise depuis le début devant le juge compétent. L’arrêt rappelle ainsi l’importance cruciale du choix initial de la juridiction. Il sanctionne une saisine erronée par une perte de temps et de moyens. Cette sévérité peut être analysée comme une incitation à la prudence. Elle souligne le caractère d’ordre public des règles de compétence d’attribution.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture