Cour d’appel de Bastia, le 29 février 2012, n°10/00791

La Cour d’appel de Bastia, dans un arrêt du 29 février 2012, a été saisie d’un pourvoi contre une ordonnance de non-conciliation. Cette ordonnance avait fixé la résidence des enfants au domicile paternel. L’appelante a ultérieurement souhaité se désister de son recours. Le défendeur s’y est opposé en invoquant une demande incidente en dommages-intérêts pour appel abusif. La juridiction devait donc déterminer les conditions de validité du désistement d’appel et apprécier le caractère abusif du recours initial. Elle a constaté l’imperfection du désistement tout en rejetant la demande indemnitaire. Cet arrêt permet d’éclairer le régime procédural du désistement et les limites de la notion d’appel abusif.

**I. La confirmation d’un formalisme procédural protecteur des droits du défendeur**

La Cour retient l’application stricte de l’article 401 du code de procédure civile. Elle rappelle que le désistement « n’a besoin d’être accepté que s’il contient des réserves ou si la partie à l’égard de laquelle il est fait, a préalablement formé un appel incident ou une demande incidente ». En l’espèce, le défendeur avait formé une demande incidente en dommages-intérêts avant l’acte de désistement. Son refus de consentir au désistement rend donc ce dernier imparfait. La Cour en déduit qu’ »il doit être statué sur les demandes qu’il présente et le désistement ne peut en conséquence être constaté ». Cette solution assure une protection certaine à la partie intimée. Elle garantit que ses demandes incidentes, formées dans le délai de l’appel, ne seront pas privées d’examen par le retrait unilatéral de l’adversaire. Le formalisme imposé évite tout risque de manœuvre dilatoire ou de contournement des droits de la défense.

La portée de cette analyse est renforcée par la conséquence immédiate tirée par les juges. Le désistement étant inopérant, la Cour examine le fond de l’appel. Elle constate que l’appelante « ne soutient pas son appel, acquiesce implicitement par son désistement à la décision déférée ». L’ordonnance attaquée est donc confirmée, car elle « a fait une exacte appréciation des faits de l’espèce ». Cette confirmation logique montre que le formalisme de l’article 401 ne constitue pas une fin en soi. Il permet de préserver la saisine de la Cour et d’assurer un débat contradictoire sur les prétentions des parties. Le rejet implicite de l’appel par son auteur n’empêche pas un contrôle juridictionnel minimal, garantissant la régularité de la décision de première instance.

**II. Le rejet d’une conception extensive de l’appel abusif en matière familiale**

La Cour écarte la qualification d’appel abusif retenue par le défendeur. Elle estime que l’appelante « n’a nullement par son appel, fait dégénérer en abus l’exercice de cette voie de recours ». Les juges fondent leur raisonnement sur la nature particulière du litige. Ils relèvent qu’il s’agissait d’une « ordonnance de non-conciliation statuant sur la résidence des deux jeunes enfants ». Dans ce contexte, le recours est présenté comme une simple mise en œuvre du « droit au double degré de juridiction ». La Cour considère ainsi que l’exercice d’une voie de recours contre une décision fixant des mesures provisoires concernant des enfants ne saurait, en soi, constituer un abus. Cette analyse restrictive protège le droit d’accès à un juge du second degré en matière d’autorité parentale.

La solution adoptée témoigne d’une appréciation in concreto de l’intention du plaideur. La Cour note que l’appelante « a décidé ensuite de s’en désister ». Ce revirement ne démontre pas pour autant une intention malicieuse ou dilatoire initiale. La motivation souligne l’absence de tout autre élément caractérisant un comportement abusif, tel que des manœuvres frauduleuses ou des conclusions infondées. En rejetant la demande de dommages-intérêts, la Cour d’appel de Bastia réaffirme la nécessité d’une preuve positive de l’abus. Elle évite ainsi de dissuader les justiciables d’exercer un recours dans des contentieux sensibles où l’intérêt supérieur de l’enfant est en jeu. Cette position prudente préserve l’effectivité du double degré de juridiction en droit de la famille.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture