Cour d’appel de Bastia, le 24 novembre 2011, n°11/00714

La Cour d’appel de Bastia, dans un arrêt du 24 novembre 2011, a été saisie d’un recours contre une décision du conseil de l’ordre des avocats. Ce dernier avait rejeté une demande d’inscription au tableau. L’appelant a ultérieurement renoncé à poursuivre la procédure. La cour a dû se prononcer sur les effets de ce désistement intervenu avant l’audience. La question juridique posée était de savoir si un désistement d’appel formé avant le délibéré met fin à l’instance. La cour a donné acte de ce désistement et a constaté l’extinction de l’instance.

Le sens de la décision réside dans une application stricte des principes directeurs du procès civil. La cour rappelle que le désistement est un acte unilatéral de volonté. Il produit l’effet d’éteindre l’instance. La solution se fonde sur l’article 384 du code de procédure civile. Le texte dispose que le désistement d’instance, s’il est accepté ou s’il n’est pas contesté, éteint l’instance. L’arrêt précise que cette extinction intervient « par courrier du 24 octobre 2011 ». Le requérant invoquait un changement de situation professionnelle. La cour n’a pas examiné le bien-fondé de ce motif. Elle a simplement constaté l’existence de l’acte de désistement. La juridiction a ainsi fait prévaloir le principe de la maîtrise de l’instance par les parties. Elle a refusé de poursuivre un procès devenu sans objet.

La valeur de cette solution mérite une analyse critique. Elle consacre une vision classique de la procédure civile. Le désistement est un acte de renonciation à l’action en justice. La cour applique une règle procédurale établie. Cette approche garantit la sécurité juridique. Elle évite des jugements inutiles. Toutefois, on peut s’interroger sur l’absence de contrôle. Le désistement met fin à toute discussion sur le fond du litige. Ici, le litige portait sur l’accès à une profession réglementée. L’intérêt public pouvait justifier un examen au fond. La cour n’a pas soulevé cet aspect d’office. Elle a privilégié la volonté individuelle de l’appelant. Cette solution est conforme à la lettre de la loi. Elle peut sembler restrictive dans un contentieux disciplinaire ou ordinal.

La portée de l’arrêt est relativement limitée. Il s’agit d’une décision d’espèce. Elle applique une jurisprudence constante sur les effets du désistement. La Cour de cassation rappelle souvent ce principe. Un arrêt de la Première chambre civile du 4 juillet 2006 est identique. Il énonce que « le désistement d’instance met fin à celle-ci ». La décision de Bastia ne crée donc pas de nouveauté. Elle illustre l’application mécanique d’une règle procédurale. Sa portée pratique est néanmoins réelle pour les praticiens. Elle confirme que le désistement est un moyen simple de clore une procédure. Les conseils de l’ordre peuvent en tirer des enseignements. Un recours contre leur décision peut s’éteindre par un simple courrier. Cela évite un débat contentieux long et incertain. L’économie procédurale est ainsi préservée.

L’arrêt soulève une réflexion sur la nature du contentieux ordinal. Le désistement intervient dans un cadre particulier. Il concerne une procédure d’appel contre une décision du conseil de l’ordre. Ce contentieux relève du droit disciplinaire et de la profession. La procédure est soumise à des textes spécifiques. Le décret du 27 novembre 1991 est mentionné dans les visas. L’article 102 de ce décret renvoie aux règles du code de procédure civile. La cour a donc légitimement appliqué le droit commun. Cette solution assure l’unité du droit processuel. Elle évite la création de règles spéciales pour chaque profession. L’approche est pragmatique et simplificatrice. Elle peut être approuvée pour des raisons de cohérence juridique. L’égalité des armes procédurales est ainsi respectée.

En définitive, la décision apparaît comme une application rigoureuse du droit positif. Elle n’innove pas mais elle sécurise la pratique. Le juge se limite à constater un acte procédural. Il ne recherche pas l’intention profonde des parties. Il ne s’immisce pas dans les motifs du désistement. Cette retenue judiciaire est caractéristique du procès civil. Elle pourrait être discutée dans des matières où l’ordre public est en jeu. Le contentieux des inscriptions professionnelles en fait peut-être partie. La solution adoptée reste néanmoins parfaitement défendable. Elle respecte l’autonomie de la volonté en matière procédurale. Elle contribue à une administration efficace de la justice.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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