Cour d’appel de Bastia, le 14 septembre 2011, n°10/00965

La Cour d’appel de Bastia, le 14 septembre 2011, se prononce sur l’opportunité d’ouvrir une mesure de protection au bénéfice d’une personne âgée. Le juge des tutelles avait rejeté la demande. L’appelante soutenait la nécessité d’une tutelle, invoquant l’altération des facultés de sa mère et des gestions patrimoniales contestées. L’intéressée et son fils s’opposaient à cette mesure. La Cour confirme le jugement de première instance. Elle estime qu’aucune mesure de protection n’est nécessaire au regard des principes légaux. Cette décision illustre l’application stricte des conditions posées par la loi du 5 mars 2007.

Le sens de l’arrêt réside dans l’interprétation restrictive des conditions de l’article 425 du code civil. La Cour rappelle que la protection n’est ouverte qu’en cas d’impossibilité de pourvoir seul à ses intérêts. Elle souligne également le principe de nécessité et de proportionnalité énoncé à l’article 428. L’expertise médicale constate des troubles mnésiques et une vulnérabilité. Mais elle relève aussi une absence d’altération profonde des fonctions supérieures. Le raisonnement de la personne protégée reste opérant. La Cour en déduit que l’altération n’est pas suffisante pour justifier une mesure judiciaire. Elle valide ainsi une appréciation in concreto des facultés de l’intéressée.

La portée de la décision est immédiate. Elle réaffirme la subsidiarité des mesures de protection. La Cour examine d’abord les solutions de droit commun. Elle constate qu’une gestion de fait est assurée par un membre de la famille. Cette gestion se déroule avec l’assentiment de l’intéressée et sans péril patrimonial avéré. La Cour estime donc qu’une mesure moins contraignante existe déjà. Elle applique strictement la condition de nécessité. L’arrêt rappelle que le conflit familial ne suffit pas à ouvrir une protection. La volonté de la personne et son bien-être affectif sont pris en compte. La décision s’inscrit dans une jurisprudence soucieuse de l’autonomie.

La valeur de l’arrêt appelle une analyse critique. La solution peut se défendre au nom du respect de la liberté individuelle. La loi de 2007 vise à éviter les mesures systématiques. La Cour refuse de sacraliser l’expertise médicale qui préconisait une tutelle. Elle opère un contrôle judiciaire autonome des conditions légales. Cette position est conforme à l’esprit de la réforme. Toutefois, la décision présente une certaine rigueur. L’expert notait une incapacité à gérer ses affaires et une vulnérabilité. La Cour minimise ces éléments au profit de l’autonomie résiduelle. Un déséquilibre peut exister entre la protection nécessaire et le risque d’exploitation. La gestion informelle par un proche manque de cadre et de contrôle.

La solution adoptée soulève des questions sur l’effectivité de la protection. La Cour écarte la mesure malgré des conflits familiaux avérés. Elle relève des gestions contestées, comme la renonciation à une rente viagère. Mais elle estime qu’aucun péril patrimonial n’est établi. Cette appréciation peut paraître restrictive. Elle place la charge de la preuve du danger sur le demandeur. La logique préventive de la protection judiciaire s’en trouve affaiblie. L’arrêt privilégie la stabilité affective et refuse la judiciarisation du conflit. Cette orientation est compréhensible mais non sans risque. Elle laisse une personne vulnérable dans un environnement familial potentiellement conflictuel.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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