Tribunal de commerce de Saint-Etienne, le 28 janvier 2025, n°2024J01808

Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne, par un jugement du 28 janvier 2025, a statué sur une action en paiement de loyers impayés et en restitution de matériel. Une société locatrice avait assigné sa locataire pour obtenir le règlement d’une créance et le retour des biens loués. La défenderesse n’a pas comparu à l’audience. Les juges ont accueilli les demandes principales tout en modérant certaines prétentions financières. La décision soulève la question de l’exigence de preuve de la mise en demeure dans l’octroi des intérêts moratoires et celle du contrôle judiciaire des clauses pénales en matière de location. Le tribunal a ordonné le paiement des sommes dues et la restitution du matériel sous astreinte. Il a fixé le point de départ des intérêts à la date de l’assignation et réduit l’allocation au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

**La sanction des obligations contractuelles en l’absence de comparution**

Le jugement illustre la rigueur avec laquelle les obligations contractuelles sont sanctionnées, même en procédure par défaut. Le tribunal constate d’abord l’inexécution du contrat de location. Il relève que “la demanderesse justifie de la réception du (des) bien(s) objet(s) du (des) contrat(s) par le défendeur et de l’envoi d’une mise en demeure”. Cette motivation succincte permet de fonder la condamnation au paiement du principal de la créance. La clause pénale de dix pour cent incluse dans le principal est appliquée sans discussion particulière. Cette approche confirme la force obligatoire du contrat et la présomption de validité des stipulations conventionnelles. Le juge statue sur une demande qu’il estime fondée au vu des justifications apportées. La décision réputée contradictoire produit ainsi tous les effets d’un jugement contradictoire.

Le contrôle exercé par le juge sur les demandes accessoires manifeste cependant son pouvoir modérateur. Concernant les intérêts moratoires, le tribunal refuse de les faire courir à compter de la mise en demeure. Il motive ce refus en indiquant que “la date de la mise en demeure n’étant pas précisée dans l’assignation”. Le point de départ est donc reporté à la date de l’assignation elle-même. Cette solution applique strictement les exigences probatoires. Elle protège le débiteur contre des prétentions insuffisamment étayées. Par ailleurs, le juge use de son pouvoir d’appréciation pour réduire la demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Il estime que la somme réclamée est “excessive et sera ramenée à 100 euros”. Ce contrôle limite les abus dans la réclamation de frais non compris dans les dépens. Il assure une proportionnalité entre le coût de la procédure et l’enjeu du litige.

**L’effectivité des décisions de justice garantie par des mesures coercitives**

La décision assure l’effectivité de la condamnation en ordonnant des mesures d’exécution contraignantes. La restitution du matériel fait l’objet d’une injonction spécifique. Le tribunal assortit cette ordonnance d’une astreinte de cent cinquante euros par jour de retard. Cette mesure vise à prévenir toute résistance du débiteur condamné. L’astreinte est fixée à un montant significatif pour en renforcer le caractère dissuasif. Son déclenchement est prévu “à compter du 8ème jour suivant la signification du jugement”. Ce délai de grâce concilie l’exigence d’exécution rapide avec un temps raisonnable pour se conformer à la décision. Le juge use ici d’un instrument essentiel pour garantir l’autorité de la chose jugée. Il transforme une obligation de faire en une pression financière quotidienne.

La portée pratique du jugement est encore accentuée par l’octroi de l’exécution provisoire. Le tribunal “dit qu’en application de l’article 514 du Code de Procédure Civile, la présente décision est de droit exécutoire par provision”. Cette disposition permet au créancier de poursuivre le recouvrement sans attendre l’éventuel épuisement des voies de recours. En matière commerciale, cette rapidité d’exécution répond à un impératif de sécurité juridique et de fluidité des affaires. L’ensemble du dispositif témoigne d’une volonté de rendre une justice efficace. Les mesures ordonnées visent à restaurer sans délai la situation du créancier lésé par l’inexécution contractuelle. Le juge comble ainsi les lacunes d’une procédure par défaut en assurant la force exécutoire de sa décision.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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