Tribunal de commerce de Saint-Etienne, le 28 janvier 2025, n°2024J00040

Le Tribunal de commerce de Saint-Étienne, par un jugement du 28 janvier 2025, a rejeté une demande en expertise judiciaire. Cette demande était formée par le locataire dans le cadre d’un litige né d’un contrat de crédit-bail portant sur une centrale moteur. Le locataire soutenait l’existence de dysfonctionnements persistants depuis la livraison du matériel. Il invoquait à l’appui de sa demande les articles 143 et 144 du code de procédure civile. Le bailleur, créancier de loyers impayés, s’opposait à cette mesure. Il arguait de la résiliation de plein droit du contrat et d’un défaut d’intérêt à agir du locataire. Le tribunal a donc eu à se prononcer sur l’opportunité d’ordonner une mesure d’instruction. La question était de savoir si une expertise restait probante après un délai important. Le tribunal a rejeté la demande, estimant que l’expertise n’apporterait pas d’éléments probants.

Le rejet de la demande s’explique par une appréciation stricte des conditions de l’expertise. Le tribunal relève que le matériel est livré depuis plus de trois ans. Il constate aussi que le locataire n’a jamais sollicité d’expertise auparavant. Le juge motive sa décision en énonçant que « la machine n’est manifestement pas dans le même état où elle se trouvait à la livraison ». Il en déduit que l’expertise ne permettrait pas d’éclairer utilement le débat sur les faits anciens. Cette solution s’inscrit dans une logique procédurale classique. L’article 146 du code de procédure civile subordonne l’expertise à son utilité pour la solution du litige. Le juge dispose d’un pouvoir souverain pour apprécier cette utilité. Ici, l’altération probable de l’objet fait douter de la fiabilité des constatations futures. Le tribunal applique ainsi une jurisprudence constante. Les Cours d’appel rejettent souvent les expertises demandées tardivement. La Cour de cassation valide cette appréciation, sauf dénaturation. Le jugement rappelle donc que la diligence des parties est essentielle. Une mesure d’instruction doit être demandée en temps utile pour préserver les preuves.

La décision mérite cependant une analyse critique quant à ses implications pratiques. En refusant l’expertise, le tribunal prive le locataire d’un moyen de preuve potentiellement crucial. Celui-ci soutenait des dysfonctionnements constitutifs d’un vice caché ou d’une inexécution contractuelle. Sans expertise, la charge de la preuve lui incombe intégralement. Il devra établir par d’autres moyens l’existence des défauts allégués dès la livraison. Cette situation peut sembler rigoureuse, surtout si les réclamations antérieures sont documentées. La solution pourrait être perçue comme favorisant le bailleur, créancier des loyers. Elle illustre les difficultés pratiques de la preuve en matière de vice caché sur un bien meuble. Le locataire se retrouve dans une position procédurale délicate. Le calendrier établi par le jugement l’invite à conclure sur le fond sans élément technique neutre. La portée de cette décision est donc principalement d’espèce. Elle ne crée pas de principe nouveau mais en applique un avec fermeté. Elle souligne l’importance d’agir promptement pour conserver ses droits. Les praticiens retiendront la nécessité de solliciter rapidement une expertise amiable ou judiciaire face à un litige technique.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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