Cour d’appel de Angers, le 29 novembre 2011, n°10/02562

Un salarié a saisi le conseil de prud’hommes pour obtenir le paiement de diverses créances dues par son ancien employeur en liquidation judiciaire. Le jugement du 4 octobre 2010 a partiellement fait droit à ses demandes. Le salarié a interjeté appel par lettre recommandée du 13 octobre 2010. Convoqué à l’audience du 17 novembre 2011, il ne s’y est pas présenté et n’a déposé aucun mémoire. L’AGS, partie à l’instance, a demandé que l’appel soit déclaré non soutenu. La Cour d’appel d’Angers, chambre sociale, le 29 novembre 2011, devait déterminer les conséquences procédurales de l’absence de comparution de l’appelant régulièrement convoqué. Elle a constaté que l’appel n’était pas soutenu et a confirmé le jugement entrepris. Cette décision invite à analyser le formalisme procédural en matière prud’homale puis à en mesurer la portée pratique.

La solution retenue par la cour s’appuie sur une application stricte des règles de procédure orale. Le code du travail et le code de procédure civile organisent le déroulement des audiences prud’homales. La cour rappelle que “les parties comparaissent soit en se présentant personnellement à l’audience, soit en s’y faisant représenter”. L’absence de l’appelant, pourtant régulièrement convoqué et ayant accusé réception, prive la juridiction de toute prétention à examiner. Elle motive sa décision en énonçant que “la cour n’est saisie d’aucune prétention, ni d’aucun moyen d’appel”. Le formalisme de la comparution personnelle ou représentée constitue ainsi une condition essentielle. La procédure prud’homale, bien qu’orale, requiert une participation active des parties. L’appel n’est pas un acte purement déclaratif. Il nécessite une volonté constante de poursuivre l’instance. La cour donne ici une portée substantielle à l’obligation de comparution. Elle en fait un élément constitutif de l’exercice même du droit d’appel.

Cette rigueur procédurale se justifie par la nécessité d’une bonne administration de la justice. Elle évite les appels dilatoires et garantit la sécurité juridique. La solution assure une clôture certaine du litige. Elle préserve également les intérêts des autres parties à l’instance, ici l’organisme de garantie. La demande de ce dernier visait à “que l’appel soit déclaré non soutenu”. La cour fait ainsi prévaloir le principe du contradictoire et l’économie procédurale. Cette approche est conforme à une jurisprudence constante. Elle rappelle que les droits doivent être exercés avec diligence. L’absence non justifiée équivaut à un désistement implicite. La confirmation du premier jugement en devient la conséquence logique. La décision souligne l’importance de l’engagement processuel. Elle place la charge de l’activité probatoire et argumentative sur la partie qui initie le recours.

La portée de l’arrêt est significative pour la pratique de l’appel prud’homal. Il constitue un rappel salutaire aux praticiens. L’envoi d’une simple lettre d’appel ne suffit pas. La procédure doit être activement soutenue jusqu’à son terme. Cet arrêt s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle exigeante. Il renforce la dimension impérative des délais et des formes en matière sociale. La solution peut paraître sévère pour le justiciable non représenté. Elle fait néanmoins peser sur lui la responsabilité de son propre procès. Le droit à un procès équitable inclut le devoir de diligence. La cour opère ici un équilibre entre protection du salarié et célérité de la justice. Elle évite que les instances ne restent en suspens par la négligence d’une partie. Cette décision technique a une finalité pratique évidente. Elle encourage la rigueur dans le suivi des procédures et prévient l’encombrement des rôles.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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