Cour d’appel de Versailles, le 12 février 2026, n°24/01459

La Cour d’appel de Versailles, dans un arrêt du 12 février 2026, statue sur les effets d’un désistement d’appel intervenu après clôture des débats. Un acquéreur avait initialement formé un recours contre une société de ventes aux enchères. Il s’est ensuite désisté de son appel par conclusions déposées après l’audience. La société intimée est demeurée défaillante. Les juges du fond avaient rejeté ses demandes premières. La question se pose de savoir si un désistement d’appel postérieur à la clôture des débats est valable et quelles en sont les conséquences sur la charge des dépens. La cour admet la validité de ce désistement et en constate le caractère parfait. Elle en déduit l’extinction de l’instance et condamne l’appelant désistant aux dépens.

La solution retenue consacre une interprétation libérale du droit de se désister. Elle confirme également le principe de la charge des dépens pesant sur la partie à l’origine de l’instance éteinte.

**La validation d’un désistement d’appel intervenu après la clôture des débats**

Le désistement d’instance manifeste la liberté procédurale des parties. L’arrêt rappelle que cette faculté persiste après la clôture des débats. La cour se fonde sur l’article 1er du code de procédure civile. Celui-ci dispose que les parties “ont la liberté d’y mettre fin avant qu’elle ne s’éteigne par l’effet du jugement ou en vertu de la loi”. Cette référence permet de valider un acte intervenu à un stade avancé de la procédure. Le désistement n’est donc pas subordonné à l’accord de l’adversaire. L’article 401 du même code précise en effet que le “désistement d’appel n’a besoin d’être accepté que s’il contient des réserves”. La décision constate l’absence de telles réserves dans les conclusions déposées. Elle en déduit que le désistement est parfait. La solution étend ainsi la maîtrise du procès par les plaideurs. Elle permet de mettre un terme rapide à une instance devenue sans objet.

Cette analyse mérite une approbation mesurée. Elle assure une certaine souplesse procédurale et évite l’encombrement inutile des juridictions. Le principe de loyauté pourrait cependant être discuté. Un désistement très tardif peut priver l’adversaire d’une décision au fond. La société défaillante n’avait ici aucun intérêt à s’opposer à l’extinction de l’instance. La solution pourrait différer face à une partie constituée. La jurisprudence antérieure admet généralement le désistement en tout état de cause. La Cour de cassation veille à ce qu’il ne soit pas entaché de fraude. L’arrêt s’inscrit dans cette ligne traditionnelle. Il offre une sécurité juridique aux parties souhaitant abandonner leur recours.

**Les conséquences du désistement sur la charge des dépens de l’instance**

Le désistement emporte des effets automatiques sur les frais du procès. L’arrêt applique strictement l’article 399 du code de procédure civile. Cette disposition prévoit que le désistement “emporte, sauf convention contraire, soumission de payer les frais de l’instance éteinte”. La cour condamne donc l’appelant désistant à supporter les dépens d’appel. Elle motive sa décision en relevant qu’il est “à l’origine de cette procédure d’appel”. Le principe est ainsi affirmé sans ambiguïté. La charge des dépens incombe à la partie qui a initié la voie de recours puis y a renoncé. Aucune recherche d’une éventuelle mauvaise foi n’est entreprise. La solution est mécanique et prévisible.

Cette rigueur dans l’application de la règle est conforme à l’économie générale du texte. Elle dissuade les appels dilatoires ou les renonciations abusives. Elle compense symboliquement les frais engagés par le système judiciaire. On peut toutefois s’interroger sur son équité dans certains cas. Un désistement peut résulter d’un accord entre les parties ou d’une reconnaissance de l’inutilité du procès. La règle absolue de condamnation aux dépens pourrait alors paraître excessive. La jurisprudence autorise parfois des atténuations dans des circonstances particulières. L’arrêt n’explore pas cette piste. Il se contente d’appliquer le principe légal avec une grande orthodoxie. Cette sécurité juridique est précieuse pour les praticiens. Elle permet de anticiper avec certitude les conséquences financières d’un désistement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture