Cour d’appel de Bordeaux, le 17 février 2026, n°22/03466

La Cour d’appel de Bordeaux, dans un arrêt du 17 février 2026, est saisie d’un litige né de la cession des parts d’une société. L’acquéreur, entré en procédure de sauvegarde, invoque la garantie d’actif et de passif pour retenir le solde du prix, estimant que les comptes de référence surestimaient les actifs. Les cédants demandent quant à eux le paiement intégral du prix. Le tribunal de commerce avait ordonné une compensation entre le solde du prix et l’indemnité de garantie, rejetant les autres demandes. Sur appel, la Cour d’appel sursoit à statuer et ordonne une expertise. Cette décision soulève la question de l’appréciation des obligations de garantie dans les cessions de sociétés et du rôle du juge face à un litige technique. La solution retenue consiste à ordonner une mesure d’instruction pour éclairer la réalité des déséquilibres allégués.

La décision illustre d’abord une application rigoureuse des exigences probatoires en matière de garantie d’actif et de passif. Les juges du fond avaient estimé les réclamations fondées sur la base des seules pièces comptables. La Cour d’appel constate que “la méthode de valorisation n’est pas conforme aux principes et normes comptables applicables en France”. Elle relève des incohérences dans l’inventaire, notamment une valorisation de coffrets “à 157.50 euros l’unité, alors que le prix était en réalité de 33.32 euros”. Face à ces désaccords techniques et aux contestations persistantes sur la “valeur probante” des documents, la cour estime qu’“il apparaît indispensable d’ordonner une expertise”. Cette position marque un retour à une exigence de preuve concrète, refusant de trancher sur la seule base d’allégations ou de documents contradictoires. Elle rappelle que la garantie de passif, bien que contractuelle, ne dispense pas de démontrer précisément l’existence et le montant du préjudice. L’expert devra notamment dire “si les comptes de référence donnaient une image fidèle des actifs et des passifs”. Cette approche renforce la sécurité juridique des opérations de cession en conditionnant l’indemnisation à une démonstration technique solide.

L’arrêt présente ensuite une portée procédurale notable concernant la gestion des litiges complexes par le juge de l’appel. La cour use de son pouvoir d’investigation pour ordonner une mesure d’instruction avant tout jugement au fond. Elle précise une mission d’expertise détaillée, incluant la vérification des normes comptables, l’évaluation des erreurs et leur “incidence éventuelle”. Cette décision de surseoir à statuer tranche avec la solution du premier juge, qui s’était prononcé au mérite. Elle témoigne d’une volonté de fonder sa décision future sur une base factuelle incontestable, particulièrement nécessaire ici où “les appelants maintiennent leur contestation sur la valeur probante” des pièces. En imposant une consignation provisionnelle à la charge de l’acquéreur, la cour équilibre les contraintes financières de l’expertise. Cette gestion active du dossier par la cour d’appel, avant dire droit, souligne l’adaptation de la procédure civile aux contentieux techniques. Elle permet d’éviter une décision potentiellement viciée par une insuffisance de preuves et prépare un futur jugement mieux éclairé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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