Avis n° 2026-02 de la Commission consultative des trésors nationaux

La Commission régulièrement convoquée et constituée, réunie le 18 mars 2026 ;
Après en avoir délibéré ;
Considérant que le bien pour lequel le certificat d’exportation est demandé constitue un portrait féminin extrêmement rare, réalisé par Hans Baldung Grien (Schwäbisch Gmünd, vers 1484/85-Strasbourg, 1545), peintre, graveur et dessinateur majeur de la Renaissance allemande, qui a été l’élève talentueuxet l’assistant d’Albrecht Dürer, auprès duquel il a développé sa maîtrise de diverses techniques artistiques ; que, sur les 252 dessins répertoriés de l’artiste, une grande partie faisant partie du « carnet d’esquisses de Karlsruhe » constitué par le peintre, collectionneur et marchand Hans Sebald Büheler en 1582, seuls 15 portraits dessinés, dont 12 à la pointe d’argent, sont actuellement connus et aucun de ces derniers ne figure dans les collections publiques françaises ; qu’il s’agit d’un portrait de Susanna Pfeffinger (Sélestat, vers 1465-Strasbourg, 1538), membre de la haute société alsacienne, représentée à l’âge de 52 ans, qui est la fille de Barbara von Belheim et de Bernhard Peffinger (1425-1500), sénateur des drapiers de la ville de Strasbourg en 1474 et 1475 puis maire de Sélestat en 1491, et l’épouse de Friedrich Prechter l’Ancien (vers 1450-1546), issu d’une importante famille de marchands-banquiers strasbourgeois ; que, comme les autres portraits à la pointe d’argent dessinés par Baldung, celui de Susanna Pfeffinger, portant, à la façon des femmes dévotes de l’époque, une coiffe avec mentonnière et une robe couvrant le cou, présente, avec une économie de moyens qui n’amoindrit pas sa grande force plastique, le modèle en buste, de trois-quarts, le visage concentré, regardant loin devant ; que l’exécution de ce portrait en 1517, faisant suite à plusieurs commandes reçues par Baldung vers 1512 de la famille Prechter, en l’occurrence de Friedrich Prechter le Jeune, fils de Susanna Pfeffinger et de Friedrich Prechter l’Ancien, correspond au moment où l’artiste est au sommet de sa gloire, après l’achèvement du maître-autel de la cathédrale de Frisbourg-en-Brisgau, pour lequel il s’était absenté de Strasbourg de 1512 à 1517 ; que ce dessin, en bon état de conservation, témoigne de la virtuosité de Baldung dans son utilisation de la technique de la pointe d’argent, apprise avec Dürer, recommandée par Léonard de Vinci dans son Traité de la peinture et pratiquée par tous les grands artistes de la période, tels Holbein l’Ancien et Hans Cranach, qui ne permet que très peu de repentirs, nécessitant une grande sûreté du tracé ; que ce dessin pourrait soit être une épreuve préparatoire à un portrait peint, aujourd’hui perdu, soit, par son aspect plus fini que les portraits issus de carnets d’esquisses, avoir été conçu comme une composition autonome, monogrammée et datée, avant d’être offerte au modèle ou à son frère, Henricus Pfeffinger (1490-1573), dans la descendance duquel il s’est transmis de génération en génération, de manière exceptionnelle, sans interruption jusqu’à maintenant ; qu’il apparaît important de retenir sur le territoire ce portrait à la pointe d’argent, emblématique de l’art de Baldung, probablement le seul encore en mains privées en France et sans équivalent dans les collections publiques françaises, resté inconnu des spécialistes et fortement ancré dans l’histoire de Strasbourg, à la fois par la personne représentée et par sa localisation continue dans cette ville depuis sa création ;
Qu’en conséquence, ce bien présente un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire et de l’art et doit être considéré comme un trésor national ;
Emet un avis favorable au refus du certificat d’exportation demandé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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