Cour d’appel administrative de Toulouse, le 20 novembre 2025, n°23TL02057

    Par un arrêt du 20 novembre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse précise les conditions de légalité des aides indirectes accordées par une collectivité. Une commune avait sous-loué des arènes à une société pour l’organisation d’une manifestation annuelle contre un loyer composé d’une part fixe et variable. Face aux difficultés économiques liées à la crise sanitaire, le conseil municipal a décidé de réduire ces montants par deux délibérations successives. Une contribuable locale et une association ont sollicité l’annulation de ces décisions devant le juge de l’excès de pouvoir. Le tribunal administratif de Montpellier a rejeté leurs demandes par deux jugements rendus les 29 juin 2023 et 14 décembre 2023. Les requérantes soutiennent notamment que les conseillers municipaux n’ont pas reçu une information suffisante et que ces réductions constituent des libéralités prohibées. La juridiction d’appel devait déterminer si l’absence de données comptables précises entachait la procédure et si l’intérêt général justifiait un tel avantage financier. La cour rejette les requêtes en considérant que l’information était adéquate et que le soutien économique comportait des contreparties suffisantes. L’examen de la régularité de la procédure et de la légitimité du motif précède ainsi l’analyse de l’équilibre financier de l’opération.

**I. La validité de la procédure d’information et du motif d’intérêt général**

**A. La consécration d’une information municipale proportionnée aux enjeux**

    La cour administrative d’appel de Toulouse rappelle d’abord l’étendue du droit à l’information des conseillers municipaux garanti par le code général des collectivités territoriales. Les magistrats considèrent que les notes décrivant les difficultés rencontrées par l’exploitant « ne sauraient être regardées comme insuffisantes ». L’absence de données financières détaillées ne vicie pas la délibération dès lors que les élus ont pu appréhender les motifs de la mesure. Cette solution confirme que le maire n’est pas tenu de joindre une « justification détaillée du bien-fondé des propositions » soumises au vote de l’assemblée. La transmission des documents a permis aux membres du conseil municipal de solliciter des explications complémentaires avant de se prononcer utilement.

**B. La reconnaissance du maintien d’un événement traditionnel comme motif d’intérêt général**

    L’arrêt souligne ensuite que le soutien financier apporté à l’exploitant privé répond à un motif d’intérêt général lié au rayonnement de la localité. La situation économique difficile de la société, aggravée par les restrictions sanitaires, pouvait compromettre l’organisation future d’une manifestation touristique et culturelle majeure. Les juges affirment que le maintien de cet événement contribue « de longue date au rayonnement de la commune et à son développement économique » global. Cette appréciation permet de légitimer l’intervention de la collectivité pour assurer la pérennité d’activités structurantes pour le territoire local. Le respect du formalisme administratif s’accompagne d’une vérification du bien-fondé de l’aide au regard des intérêts propres de la collectivité territoriale.

**II. L’encadrement des avantages financiers par l’exigence de contreparties**

**A. La caractérisation de contreparties suffisantes par la diversification culturelle**

    La légalité de la réduction du loyer est également subordonnée à l’existence de contreparties réelles au profit de la personne publique concernée. La société s’est engagée à produire des programmes culturels nouveaux et diversifiés, dépassant le cadre des seuls spectacles taurins traditionnellement organisés. L’organisation de concerts et de festivals est jugée susceptible d’entraîner des « retombées économiques et financières favorables » pour la commune à moyen terme. Ces engagements contractuels constituent des contreparties suffisantes qui compensent la diminution immédiate des recettes perçues par le budget de la ville. Cette légitimité politique doit se traduire techniquement par une contrepartie contractuelle identifiée pour éviter toute qualification de libéralité prohibée.

**B. La portée du contrôle juridictionnel sur l’interdiction de consentir des libéralités**

    Cette décision s’inscrit dans la jurisprudence constante interdisant aux personnes publiques de consentir des libéralités à des personnes poursuivant des intérêts privés. La juridiction vérifie scrupuleusement que la collectivité ne se prive pas de recettes sans obtenir un avantage équivalent de la part du cocontractant. En jugeant que les délibérations ne méconnaissent pas « l’interdiction de location d’un bien à un prix inférieur à sa valeur réelle », la cour sécurise les aides indirectes locales. La solution retenue par la cour administrative d’appel de Toulouse du 20 novembre 2025 illustre ainsi le pragmatisme du juge administratif face aux crises économiques.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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